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Christopher Jullien, géant grandi outre-Rhin

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Christopher Jullien était un incompris. En 2013, fraichement auréolé d’un titre de champion du monde U20, il s’envole pour l’Allemagne où il signe pro à Freiburg. Sa disparition des radars aura duré deux ans mais n’aura pas donné raison aux sceptiques : à Dijon puis à Toulouse, le géant s’est imposé comme un des meilleurs défenseurs du pays.

Un attaquant reconverti

Lancé dans le football après ses 10 ans – il s’était auparavant essayé au handball -, Christopher Jullien a très vite vu sa route se dessiner loin du cocon familial. Né en Île-de-France, le jeune attaquant ne parvient pas à intégrer la formation à l’INF Clairefontaine. Toutefois, cette séance marque un tournant dans sa carrière : aligné en tant que défenseur pour pallier à un besoin, il découvre ce poste et l’adopte pour la suite de sa carrière.

De retour dans son club amateur de l’époque, le FC Torcy, il demande à reculer sur le terrain. Quelques mois plus tard, Christopher est approché par l’AJ Auxerre. Le représentant du club bourguigon convainc les parents du garçon de 13 ans de le laisser quitter le cocon familial.

Source photo : Actu-Aja.net

« Il savait où il voulait aller »

Longtemps, ce choix ne semble pas porter ses fruits. Adaptation difficile, mal du pays, incertitude quant à sa volonté de devenir professionnel… Jullien fait face à tous les problèmes que risque un jeune footballeur de haut niveau. D’autant que peu de monde, au club, ne croit en ce grand gaillard qui ne surnage pas. « Ça a été compliqué pour lui » confirme Jeffrey Baltus, gardien formé à l’AJA, de deux ans l’aîné de Jullien. Pendant que son pote Yaya Sanogo est régulièrement surclassé, le Francilien peine à franchir les paliers, pense à abandonner, et reçoit un choc psychologique lorsque son club ne l’intègre pas au groupe élite, à l’instar de ses coéquipiers.

Affecté à l’AJ Auxerre C, en Division d’Honneur Régionale (7e échelon national), il parvient toutefois, à l’aide de ses frères, à transformer cette déception en électrochoc positif. Peu à peu, le jeune Chris remonte la pente, et finit par rejoindre ses camarades de formation avec la réserve. Le vent a tourné, et les entraîneurs qu’il côtoie à partir de cet instant contribuent à sa progression. C’est notamment le cas de Claude Barret, qui va le chercher en équipe C pour lui faire gravir les échelons. Mais si Jullien a eu ce « facteur chance« , comme le dit Baltus, d’avoir des coachs qui voient ses qualités, la force qui le pousse vers le haut réside dans sa mentalité : « Il savait où il voulait aller, assure le gardien. Quand il était avec les jeunes ou avec la réserve, il bouillait d’envie de jouer en équipe première un jour ».

Source photo : alchetron.com

Bien installé dans une équipe « pleine de qualités »

Ce cap sera franchi en 2012, alors que l’AJ Auxerre s’approche de la Ligue 2. Il s’entraîne de temps à autre avec les pros sous les ordres de Jean-Guy Wallemme, fraîchement débarqué à la place de Laurent Fournier, et apparaîtra même sur le banc de Gerland pour un match de L1. « Très timide de premier abord », il finit très vite par s’intégrer au sein des professionnels. « C’est quelqu’un de simple, intelligent, avec une joie de vivre, il est toujours prêt à rigoler » le dépeint Baltus.

Une fois l’AJA redescendu en Ligue 2, le défenseur central se fait une place presque indiscutable au sein d’un groupe « plein de qualités ». À compter de ses débuts face à Laval, il enchaîne 25 matchs sur des pelouses de Ligue 2, presque toujours en tant que titulaire. Il ne tarde pas à être décisif : dès son deuxième match professionnel, il marque le but de la qualification en Coupe de la Ligue, éliminant Dijon (2-1) au bout du temps additionnel. Durant la suite de la saison, il inscrit deux nouveaux buts -à chaque fois le but victorieux- face à Clermont (1-2) et Laval (4-5). Bernard Casoni, qui prend le relais sur le banc en décembre, le confirme et lui accorde toute sa confiance.

Christopher Jullien (n°19) à gauche – Source photo : France Football

Ses performances dans l’antichambre de l’élite lui réservent une surprise : il est convoqué pour la première fois en Équipe de France U20 en novembre 2012, alors qu’il n’a que 8 matchs professionnels au compteur. L’occasion pour lui de découvrir un autre monde à travers les Varane, Pogba, Umtiti et autres jeunes pépites qui le font rêver avec leurs récits du haut niveau. S’il ne participe qu’à deux matchs au cours de la saison, il a la chance de faire partie du groupe qui part en Turquie pour disputer -et remporter- la Coupe du Monde U20.

Disparu des radars pendant deux ans

Alors qu’il avait joué son dernier match de la saison mi-avril sur la pelouse de Monaco, on ne le retrouvera que deux ans plus tard sur un terrain de Ligue 2. La faute à un choix de parcours controversé, un tournant dans sa carrière, à l’été 2013. En fin de contrat à Auxerre, où il n’a jamais signé pro, Jullien se fait convaincre par le projet de Freiburg, club de Bundesliga engagé en Europa League. Il débarque en Allemagne juste après la Coupe du Monde,  où il se retrouve face à un défi de taille : il évolue à un nouveau niveau et ne maîtrise pas la langue.

Jonathan Schmid interviewe Christopher Jullien. Les notions d’allemand de ce dernier sont évoquées à partir de 2:18.

Pour l’aider avec cela il se fait recueillir par le groupe des francophones, que nous présente Gelson Fernandes, actuellement à Rennes : « Il y avait Francis Coquelin, prêté par Arsenal, Jonathan Schmid, moi, [Fallou] Diagne et Admir Mehmedi (international suisse, ndlr) qui parle aussi français. Son intégration s’est donc relativement bien passée ». Pour Gelson, c’est sa préparation atrophiée par la Coupe du Monde qui lui pose le plus problème. « Il est arrivé avec du retard, et ensuite il était fatigué donc ils lui ont donné une semaine de vacances. » Seulement, pendant que Jullien essaie de rattraper physiquement ses nouveaux coéquipiers, Freiburg vit un début de championnat compliqué.

Dans ces conditions, le board du club allemand juge compliqué d’introduire un jeune joueur étranger à l’effectif. « Il s’entraînait avec nous, mais il ne jouait pas en pro », résume Fernandes. Pire, après « quelques soucis avec l’entraîneur », il est rétrogradé en équipe réserve. Mentalement, « ça a pas toujours été facile » pour le garçon de 20 ans, loin de chez lui, loin des terrains professionnels. Mais il tient le coup, garde sa « joie de vivre » et bosse. Gelson le souligne, il passe sa première année allemande à travailler, avec une mentalité toujours plus forte. Jullien lui même l’affirme : ce séjour en Allemagne n’est pas un échec, car ses années allemandes le renforcent et le poussent à s’améliorer.

Le prêt à Dijon et l’ambition de se relancer

À l’été 2014, Fribourg le place sur une liste de prêt mais, à cause d’imprévus dont la nature ne sera jamais révélée, cela ne se concrétise pas. Jullien vit donc une deuxième saison en Allemagne, à quelques détails près identique à la première. Dans la mesure où disputer 20 minutes de jeu face au Bayern Munich est un détail. Excepté ce bout de match, il passe toutefois sa saison avec l’équipe réserve, où il soigne ses stats en Regionalliga.

Source photo : Le Bien public

Les dirigeants du club de Bade-Wurtemburg ne font pas l’erreur une deuxième fois de suite : Jullien se fait bel et bien prêter pour la saison 2015-2016. Et, s’il espérait trouver un club de Ligue 1, il se fait finalement séduire par le projet qui lui vend Olivier Dall’Oglio, entraîneur de Dijon. Dans le train pour rejoindre la Côte-d’Or, il fait un pari fou avec ses agents : inscrire 8 buts et être promu en Ligue 1.

L’efficacité du défenseur-buteur

Avec du recul, on se dit que Jullien a bien fait de viser plus que simplement « retrouver du temps de jeu » chez le pensionnaire de Ligue 2. Après 9 journées seulement, il a disputé 810 minutes -toutes, pour faire simple-, compte pas moins de 8 buts -tous de la tête sur des coups de pieds arrêtés de Fred Sammaritano- et est un des artisans de la première place du DFCO.

Ces performances ne surprennent pas Jeffrey Baltus, qui se souvient avoir encaissé quelques buts de la tête de Christopher à l’entraînement : « Déjà de par son gabarit, il a la taille d’un joueur de basket. Il a un très bon jeu de tête, et surtout, quand il décide de monter sur un coup de pied arrêté, il n’y va que pour marquer, jamais pour faire de la figuration. »

Source photo : 20 Minutes

S’il ne parvient pas à maintenir son rythme en terme de buts marqués, lui qui était deuxième meilleur  buteur du championnat après 9 journées, il atteint tout de même ses deux objectifs. Le DFCO est bel et bien en L1, notamment grâce à ses 9 buts et ses performances taille patron en Ligue 1. Quant à lui, récompensé par une place dans l’équipe-type de L2 de la saison, il doit bien retourner à Freiburg, mais avec la certitude que ses performances ont convaincu des clubs qui ne tarderont pas à venir le chercher.

Toulouse, pour passer un nouveau palier

En effet, Toulouse ira le chercher pour 3M€. Convaincu, il signe un contrat jusqu’en 2020 avec le club du Sud-Ouest. Il n’a besoin d’aucune adaptation pour se fondre dans le groupe de Pascal Dupraz, étant titularisé d’emblée aux côtés d’Issa Diop. Les deux garçons forment ainsi depuis août une charnière inamovible pleine de muscles, de jeunesse et de talent.

Il n’a pas besoin non plus de temps pour trouver le chemin des filets de Ligue 1. Dès la deuxième journée, il ouvre son compteur lors du derby contre Bordeaux. Buteur face à Lyon, Nancy et la semaine passée face à Lille, Jullien a déjà une réputation toute faite. Qui ne l’empêchera pas de tromper encore quelques fois ses adversaires toujours plus vigilants au marquage, mais qui pourrait bien faire tomber quelques grosses offres sur la table du Toulouse FC dès l’année prochaine.

Ce serait mérité pour ce garçon qui fêtera son vingt-quatrième anniversaire dans dix jours et a encore le temps de poursuivre son ascension fulgurante initiée à Dijon. Une ascension qui n’aurait peut-être jamais eu lieu s’il n’avait pas choisi de sortir de sa zone de confort et partir à l’étranger. Certains regrettent qu’il aie gaspillé deux ans de sa carrière, mais Christopher Jullien n’émet pas le moindre regret et ses performances lui donnent raison.

Stadito remercie Gelson Fernandes et Jeffrey Baltus pour leur disponibilité et leur gentillesse.
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Jonathan Tunik

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