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Stadito interviewe Didier Digard : « Je n’ai pas de regrets »

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« Je n’ai pas de regrets »

Formé au Havre et passé par le PSG et Nice, Didier Digard a longtemps été une valeur sûre de Ligue 1. Un temps capitaine des Aiglons, le Normand est aussi passé par l’Angleterre et évolue aujourd’hui en Liga. Longtemps en Équipe de France de jeunes, le milieu défensif nous a accordé une interview pour nous confier ses souvenirs et faire le point sur sa situation. Actuellement blessé, en prêt du Bétis Séville à Osasuna, le joueur de 30 ans ne regrette rien et va toujours de l’avant.

Avec Nice, lors d’un match de Ligue 1 face à Nantes

Petite présentation

Je suis footballeur professionnel depuis quasiment 16 ans, j’ai commencé au Havre. J’ai ensuite évolué au Paris Saint-Germain, à Middlesbrough en Premier League avant de revenir en Ligue 1 à Nice. Depuis deux ans je joue en Espagne, la saison passée au Bétis Séville et cette année à Osasuna.

L’entrée dans le monde du football

Depuis toujours, depuis enfant, c’est le sport le plus pratiqué en France, tous mes potes jouaient au foot, c’était un moyen de tous se retrouver, cela a été de bons moments. Tout au long de mon enfance ce sport m’a suivi et j’ai eu la chance d’en faire mon métier.

La formation et l’adaptation dans un centre

J’ai joué à Gisors jusque 11 ans, et quand je suis rentré chez moi une fois, j’ai vu une lettre du club du Havre qui m’invitait à un tournoi. Je me suis entrainé avec eux, ça c’est bien passé. J’étais jeune mais mes parents m’ont laissé le choix de rejoindre le centre de formation quand une offre est parvenue. J’ai décidé de tenter ma chance et y suis donc arrivé à mes douze ans.

Au début c’était difficile, j’y suis arrivé très jeune. Chez moi, j’étais tout le temps dehors à jouer avec mes potes, j’avais ma famille… Ça faisait bizarre car j’étais loin de chez moi, j’ai dû changer de rythme de vie, d’école. Dans un centre de formation, chacun évolue avec des objectifs individuels, c’est un monde assez compliqué.

En jeunes, au Havre

Son poste et son style de jeu

À la base j’évoluais au poste d’attaquant, puis j’ai évolué sur un côté, mais très rapidement on m’a repositionné milieu défensif.

Je fais les premières relances, l’équilibre entre la défense et le secteur offensif. Je suis plutôt du genre à essayer d’équilibrer le jeu.

Ses modèles et inspirations

J’ai commencé le football à peu près à la période durant laquelle l’Olympique de Marseille a été sacré Champion d’Europe, c’était l’équipe qu’on regardais le plus. Après, mon père était un grand supporter du Paris Saint Germain, club qui avait lui aussi une très belle équipe avec notamment Weah. Donc il y a déjà tout ces joueurs qui ont marqué ma génération. Puis, en 1998 l’Équipe de France qui remporte la Coupe du Monde, année qui coïncide avec mon arrivée au centre de formation… Zidane, Viera… J’ai eu la chance de voir tous ces joueurs évoluer. Mais on peut apprendre de tout le monde. Par exemple je regardais Zidane mais je n’évoluais pas au même poste donc je me suis intéressé à d’autres joueurs, Viera, Makelele… Tout ces joueurs.

« Au Havre, ils font en sorte de former non seulement un footballeur, mais également un homme »

Le Havre et son centre de formation prolifique

J’y ai cotoyé Guillaume Hoarau et Steve Mandanda, mais aussi Lassana Diarra, Carlos Kameni, Souleymane Diawara, Kevin Anin, Charles N’Zogbia… Le Havre, au niveau de la formation, c’est une usine, on y travaille très bien, il y a des éducateurs au top, on est bien encadré. Malheureusement aujourd’hui il y a moins d’argent donc c’est un peu plus compliqué mais ils continuent à sortir de très bons joueurs. C’est bien sûr l’un des meilleurs centres de formation en France. Je sais que lorsque l’on met son enfant là-bas, on peut le laisser avec confiance, il n’est pas jeté n’importe où. Au Havre, ils font en sorte de former non seulement un footballeur, mais également un homme.

Vous êtes toujours attentif aux résultats du Havre ?

Bien sûr, je regarde toujours, j’espère qu’ils réussiront à remonter car c’est vraiment un super club.

Première en pro

C’est le top. Un rêve d’enfant qui se réalise, même si cela a été un long chemin. J’étais juste heureux, fier. Je pensais à ma famille et essayais de faire du mieux possible.

« C’est une vraie fierté de faire partie des meilleurs joueurs français »

En Équipe de France chez les jeunes

C’est une vraie fierté de faire partie des meilleurs joueurs français, ce sont de bons moments. J’y étais de 15 à 22 ans, c’était top, j’ai voyagé, vu des choses… C’était les premières fois ou j’allais à l’étranger… ce ne sont que des bons souvenirs.

Chez les Bleuets

Jamais en Équipe de France A, un regret ?

Non, ce n’est pas un regret car les blessures ne m’ont pas permis de vraiment m’épanouir, de vraiment montrer mes qualités. Je n’ai vraiment pas de regrets, bien au contraire. Quand je vois les gars de ma génération qui y sont, je suis vraiment content.

Lors de sa présentation au PSG, à l’aube de la saison 2007-2008

« Un stade fantastique, des supporters incroyables (…), pour moi le PSG ne pourra pas gagner la C1 sans ultras »

Le départ au PSG

J’avais eu pas mal de propositions cette année là, notamment à l’étranger, mais pour moi, le PSG c’était me rapprocher de chez moi, retrouver mes amis, mes parents. C’était également jouer dans un stade fantastique avec des supporters incroyables. C’était une super opportunité et je suis très content d’y être allé.

Le PSG et ses ultras

(Rires) Aujourd’hui il n’y a pas d’ambiance…

Si le PSG veut remporter la Ligue des Champions, les ultras sont indispensables. Pour moi, le PSG ne pourra pas gagner la Ligue des Champions sans les ultras, c’est impossible. L’ambiance du Parc, c’était quelque chose…

Une expérience parisienne en dents de scie

Je jouais tous les matchs, avant de me blesser. Mes vingt matchs je les fait entre le mois d’août et le mois de janvier… C’était ma première grosse blessure puis j’ai ressenti le besoin de changer d’air. J’étais jeune, c’était un moment difficile, je ne voyais pas la fin… J’ai eu une très belle proposition en Angleterre et j’ai décidé de tenter l’aventure.

Au duel avec Benoit Cheyrou lors du Classico

L’Angleterre

Sur le plan professionnel c’était compliqué car il y a eu la relégation et je me suis blessé la seconde partie de saison sans pouvoir rejouer, alors qu’on avait fait une super première partie. Mais humainement cela m’a permit de découvrir autre chose et c’est ce qui me restera dans le futur, ça restera une partie de ma vie et je le garderais pour toujours.

Lutter pour le maintien, une situation connue dans plusieurs clubs

C’est difficilement comparable, chaque club avait un contexte différent. À Nice, par exemple, nous avions un groupe tellement soudé qu’on ne pouvait pas descendre. On était tous unis, on vivait beaucoup de moments ensemble et c’est grâce à cela qu’on s’en est toujours sortis. Mais globalement ce n’est pas facile à gérer pour une équipe.

La seconde division

À la fin de ma première saison à Middlesbrough, je devais signer autre part l’été mais je me blesse après un match de pré-saison alors que tout était réglé pour le transfert. J’en ai pour deux mois donc forcément le transfert est remis en cause et du coup j’ai dû faire 6 mois en seconde division. Mais là encore je n’ai pas de regrets, j’ai vu, vécu autre chose.

Un an et demie avec Middlesborough : ici face à Everton et Lescott

Les différences entre D1 et D2 Anglaise

C’est énorme. Le problème c’est qu’en seconde division il y a d’énormes écarts de niveau entre les équipes du haut de tableau et les équipes du bas, vraiment une grosse différence. Ça n’a rien à voir avec la Premier League. C’est plus physique, même si certaines essayent de jouer au ballon, certaines équipes ne seraient pas en seconde division en France.

En terme d’engouement en revanche, il y en a autant en Championship qu’en Premier League. Ce que les clubs attirent comme supporteurs est hallucinant.

Retours en France, direction Nice

À la base j’étais en contact pour rester en Angleterre mais ma famille était rentré en France, j’ai préféré y retourner. Mais c’est vrai qu’à la base, lors des premiers contacts avec Nice, financièrement c’était quasiment impossible que cela se fasse mais nous avons réussi en faisant chacun des efforts, et j’y suis resté cinq ans et demi.

Période sans blessures

Jusqu’à la dernière saison, tout allait très bien. Mais le corps c’est quelque chose qui, même si vous faites tous les efforts du monde, ne se contrôle pas. Ce sont des choses qui arrivent.

« J’ai toujours aimé participer à la vie du groupe »

Le rôle du capitaine

Je n’ai pas eu besoin de ça pour m’investir, j’ai toujours aimé participer dans un groupe, m’intéresser à tout le monde, faire en sorte que tout se passe bien. C’est le groupe qui m’avait choisi, c’est particulier car cela signifie qu’ils sentent que vous pouvez leur apporter quelque chose. C’était donc faire en sorte que le groupe vive du mieux possible.

Avec l’OGCN, face à Montpellier

Différence entre le Stade du Ray et l’Allianz Riviera

Le Ray, j’ai adoré, rien ne peut peut le remplacer. Après j’ai aussi connu l’Allianz Riviera pleine, et là c’était vraiment sympa mais depuis elle a du mal à se remplir. Pourtant, aujourd’hui ils pourraient remplir le Ray et ça garderait cette ambiance incroyable qu’il y avait là bas. Je pense qu’il n’y a pas une équipe qui se sentait à l’aise quand elle venait au Ray.

Kevin Anin et son accident

(NDLR : Kevin Anin, ancien joueur de Nice et du Havre est devenu paraplégique après un tragique accident de voiture)

On était proches bien sûr, je connais sa famille, on a été au centre ensemble, ça fait 20 ans que l’on se connait donc ça m’a forcément touché. On peut être atteint mais on sait aussi que c’est encore plus dur pour lui et sa famille. Donc c’était de l’accompagnement, montrer qu’on est là mais après on peut rien faire de plus. Aujourd’hui, nous sommes bien évidemment toujours en contact.

« Le derby c’est extraordinaire »

Départ en Liga

C’est le meilleur championnat, j’avais l’opportunité d’être dans un super club, avec un stade de 50 000 personnes dont 45 000 abonnés, dans une ville agréable.

Quand j’ai eu l’opportunité d’aller dans ce championnat et de pouvoir jouer le Réal, le Barça, l’Atletico le FC Séville, ça me faisait envie.

Signature au Bétis Séville

Le derby de Séville

Extraordinaire. Et bien sûr la plus belle ambiance que j’ai vécu. C’est quelque chose.

Première saison en Espagne

Malheureusement je me blesse juste avant le premier match de championnat et comme l’équipe tournait bien, cela a été compliqué de rejouer. Après j’ai retrouvé ma place parce que les résultats étaient moins bons, mais on a ensuite changé de coach qui avait une autre vision, il ne m’a malheureusement pas fait beaucoup jouer. Ce sont des choses qui arrivent dans une carrière.

Départ en prêt à Osasuna puis nouvelle blessure

C’est forcément pesant. Les journées sont plus longues, plus compliquées. Ce n’est jamais agréable surtout lorsque l’on passe par des opérations, la rééducation. Mais il faut aussi relativiser et savoir qu’il y a des gens qui vivent des choses beaucoup plus dures, on a parlé il y a quelques instants de Kevin Anin, qui n’est qu’un exemple, il y en a beaucoup d’autres. Donc il faut savoir aussi prendre de la hauteur et que ce sont des épreuves et qu’il faut les affronter.

Je ne peux pas savoir quand je vais revenir, c’est trop compliqué de donner des dates. Si on arrive pas à la tenir, ça peut faire mal mentalement donc je vis au jour le jour. Aujourd’hui cela se passe bien mais je ne veux pas me fixer d’objectifs fous ni prendre trop de risques. on verra bien.

En prêt à Osasuna

Le club dans lequel il s’est le mieux senti

Il y a Nice car j’y ai passé beaucoup de temps, j’ y ai vécu le plus de choses humainement sportivement. Mais après j’ai aimé tout ce que j’ai pu faire car j’ai appris partout. J’ai vécu de bons moments dans chaque club, mais forcément Nice c’est un peu plus particulier.

« La Ligue 1 est un championnat très difficile »

Les différences entre Ligue 1, Premier League et Liga

En France, on ne s’en rend peut-être pas compte, mais notre Ligue 1 a énormément de qualité. On y retrouve un peu de tout. En Angleterre, c’est plus sur le rythme qui est très intense alors que l’Espagne est basée sur la technique. Les championnats étrangers ont souvent une grosse qualité alors que la France a un peu de tout. Mais la Ligue 1 est vraiment un championnat très difficile.

De grands joueurs à la relance en Ligue 1 : Memphis, Ben Barfa, Falcao, Balotelli…

Bien sûr, je trouve que c’est vraiment bien que la France réussisse à réactiver des grands joueurs car à un moment tout le monde quittait la Ligue 1, ça faisait peur pour le championnat. Et il n’y a pas seulement Paris et ses gros moyens mais aussi d’autres clubs. Les équipes se sont rendues compte qu’il fallait investir et prendre des risques. Nice l’a fait et ça fonctionne très bien. Je suis vraiment content, c’est bien pour la Ligue 1. Et puis les grands joueurs appellent les grands joueurs donc cela va sans doute revenir petit à petit.

Le parcours de Nice, une surprise ?

Si on parle d’ambiance au sein du club, ils mériteraient la Ligue des Champions tous les ans. Cette équipe ne démérite pas, il y a un gros travail de fourni et ils ont une réelle identité de jeu. Ils continuent à garder le cap, même dans les moments compliqués. J’espère qu’ils iront au bout.

En 2015, sous les couleurs sévillanes

Son avis sur Claude Puel en Premier League

Il est en train de faire des choses plutôt intéressantes. Les qualités il les a, le tout est de les faire passer.

Le meilleur qu’il a pu côtoyer

Au PSG il y avait Pauleta, j’ai aussi joué avec Mandanda, Diarra, Ospina, Ben Harfa et Menez en sélection… Je n’arriverai pas à en sortir un de tous. Ce sont tous de bons souvenirs.

 

 

Stadito remercie Didier Digard pour son temps, sa gentillesse et lui souhaite un prompt rétablissement et une bonne fin de saison.
Waldemar de Laage
Etudiant journalisme, passionné par le monde des tribunes. Twitter : @delaagewaldemar

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