Benjamin Nivet : «Tu ne peux pas réussir sans un gros mental, sans aimer souffrir »

Vieux briscard des terrains hexagonaux, Benjamin Nivet revient avec Stadito sur ses deux décennies de carrière. De sa formation auprès de Guy Roux, à son retour les yeux fermés à l’ESTAC en 2012, de ses nombreuses amitiés nées au Stade Malherbe de Caen à sa relation avec les jeunes dans le vestiaire, le milieu de terrain de 40 ans dresse le bilan d’une carrière bien remplie. Qui s’approche plus vite des 700 matchs en professionnel que de la retraite.

 

Une formation studieuse à l’Académie AJ Auxerre

« J’ai gardé un très bon souvenir de la formation, je suis resté 7 ans à Auxerre dont 5 années en formation. J’ai donc vraiment de très bons souvenirs parce qu’il y avait beaucoup de camaraderie au sein du centre de formation. J’y ai passé de très bons moments, puis c’est aussi grâce à Auxerre, grâce à la formation que j’ai eu à Auxerre, que j’ai pu réaliser mon rêve de gosse de devenir professionnel. »

Beaucoup de concurrence malgré un passage en Equipe de France

« L’équipe de France en jeune, un titre de champion de France avec les -17 ans, le premier contrat pro qui arrive au bout, voilà. Ce sont des étapes franchies une à une au centre de formation avec beaucoup de travail surtout. C’est vrai qu’il ne faut jamais rien lâcher et je l’ai appris à Auxerre parce qu’il y avait beaucoup de concurrence. J’ai réussi à devenir pro. Auxerre était dans le top 5 de Ligue 1, avec un des deux meilleurs centres de formation avec Nantes, donc beaucoup de concurrence. Mais cela m’a aidé aussi à percer. C’était dur, il fallait s’y imposer, se faire sa place »

Sous les ordres de Guy Roux …

« Guy Roux est avant tout un passionné. Je crois qu’on ne peut pas être comme ça 24h/24 sur les terrains de foot dans le cas contraire, c’était sa vie (ça l’est encore). Il allait voir de la DH, des -17ans, des -15ans jusqu’au pro. Il était tout le temps sur les terrains, tous les week-ends, c’est un grand passionné et puis c’est une figure emblématique du football qui m’a lancé en Ligue 1 donc ça, ça ne s’oublie pas. Puis je crois qu’il a fait des merveilles dans une ville de 40 000 habitants en la prenant en division d’honneur et en l’emmenant jusqu’au titre de Champion de France de Ligue 1, donc c’est énorme. C’est vraiment impressionnant ce qu’il a fait. »

Un entraîneur rêvé pour commencer une carrière ?

« Ce n’est pas forcément un entraîneur rêvé, mais c’était l’entraîneur parfait pour le centre de formation et ses joueurs parce qu’on savait qu’à Auxerre si on était bon, on allait jouer en pro. Il misait beaucoup sur le centre de formation. S’il y avait un joueur qui était aussi fort que ce qu’il avait, il enlevait le joueur de l’équipe pro et il prenait le jeune parce que forcément ça lui coûtait moins d’argent. C’est comme ça que l’on se dit qu’on a la chance d’avoir un entraîneur de l’équipe une qui fait confiance à ses jeunes. »

Un envol vers Châteauroux

« C’était une période très importante parce que je débutais réellement en professionnel. Ça m’a permis de franchir une étape, un palier. Je suis resté deux ans et demi à Châteauroux avec une belle équipe en Ligue 2. On n’a jamais réussi à accrocher les trois premières places, mais en tout cas on a toujours fait de belles saisons et puis ça m’a permis, moi, de me relancer pour atteindre la Ligue 1 grâce à deux belles saisons à Châteauroux. »

Aux côtés de Cédric Daury (actuel entraîenur de l’AJ Auxerre) sous le maillot de Châteauroux.

Un premier but « au raccroc »

« Bien sûr que je me souviens de mon premier but en pro ! Je crois même que c’est un but un peu raccroc, je marque du genou. Mais ça me permet de lancer ma carrière finalement parce que c’est vrai que c’était le premier et que c’est toujours très important les premières. C’était un beau passage Châteauroux. J’avais décidé, comme je ne jouais pas assez à Auxerre (il y avait une grosse concurrence), de passer par la case Ligue 2 pour faire mes classes »

L’idylle troyenne débute en 2002, la rencontre …

« J’étais à Auxerre et je suivais de près les résultats de Troyes (on n’était pas loin, on était voisins). C’était Alain Perrin qui avait une belle équipe qu’il avait monté de la CFA à la D1. Je savais qu’il avait déjà eu un œil sur moi avant d’aller à Châteauroux. J’aurais pu être prêté à Troyes plus jeune mais ça ne s’était pas fait. Du coup, je crois que c’est ce qui m’a attiré à Troyes. C’est surtout le fait qu’Alain Perrin me voulait absolument. Pour moi c’était un gage de confiance. Il avait révélé aussi d’autres joueurs comme Jérôme Rothen (le plus connu) dans une équipe qui pratiquait un très beau football. Un jeu porté vers l’attaque, c’était la grosse période de l’ESTAC. On avait fini 7ème en Ligue 1.

Photo de la saison 2002/2003, la première de Benjamin Nivet (premier rang, 5ème en partant de la gauche) sous le maillot troyen.

La Coupe Intertoto 2002/2003

« Je l’avais déjà croisé (cette compétition) en 1997 avec Auxerre quand on l’avait gagné, mais je n’étais que dans le groupe sans prendre part aux rencontres. Je l’ai gagné en spectateur. Par contre à Troyes, là, je l’ai joué. J’en garde un bon et un mauvais souvenir. Un bon parce qu’on avait joué des beaux matchs aux Pays-Bas à Breda, à Villarreal en Espagne où on s’était qualifié d’ailleurs, mais un mauvais parce qu’on avait été éliminé suite à une erreur administrative un joueur qui avait joué (ndlr : David Vairelles) alors qu’il était suspendu. Du coup ça a terni un peu la fin de l’Intertoto qu’on aurait pu gagner et aller en Coupe d’Europe (ndlr : La Coupe Intertoto était aujourd’hui l’équivalent des barrages de la Ligue Europa)

La vie en Normandie

« Ce fut une très belle période (ndlr : Benjamin Nivet a signé au Stade Malherbe en 2007 et y est resté jusqu’à l’été 2011) aussi, avec des hauts et des bas comme un peu toute ma carrière. J’ai  découvert un club très chaleureux, très convivial où il y avait vraiment un gros engouement autour du club. Il y a vraiment une région qui vibre pour le Stade Malherbe, c’est surtout ça qui m’avait marqué. Après c’était dommage, on avait fait deux années en Ligue 1 et je pense que l’année où on descend on aurait dû rester en Ligue 1. Ça s’est mal fini, malheureusement. Après j’ai quand même eu un titre de Champion de Ligue 2, et puis quatre saisons en Ligue 1 et de belles rencontres aussi. Il y a pleins de joueurs qui m’ont marqué, des rencontres d’amitiés, c’est également ça que je retiens. J’ai d’ailleurs gardé des amis proches depuis avec Reynald Lemaître, Alexandre Raineau, Florian Boucansaud, Youssef El-Arabi, Thomas Heurteaux, il y en a plein, Romain Hamouma… c’est toujours un plaisir à chaque fois que l’on se revoit. »

Benjamin Nivet sous le maillot du Stade Malherbe brassard visé sur le bras.

« Je savais que j’allais être bien. »

« C’était Jean-Marc Furlan l’entraîneur, comme lors de ma première période à Troyes, d’où ce retour. Lui et le président Daniel Masoni ont été important. Il me connaissait aussi de mon époque troyenne puis moi j’ai voulu revenir car je connaissais les lieux, je connaissais tout du club, ce qui me permettait une plus simple intégration. J’ai sauté sur l’occasion. Je connaissais, je savais que j’allais être bien. J’ai pesé le pour et le contre avec les autres sollicitations et il y avait beaucoup plus de points positifs pour revenir à Troyes. »

Buteur contre Marseille à la dernière minute, ce but est le moment « le plus fort » de sa carrière.

Des beaux et des mauvais moments

« Oui, il y a eu des moments plus beaux que d’autres et je le dis souvent. La montée qui m’a le plus marqué c’est celle de 2004/2005 avec Jean-Marc Furlan notamment et un super groupe. On avait fait une grosse saison avec également une belle aventure humaine. On avait vraiment des liens très fort entre nous, on était toujours très heureux de se retrouver tous les matins à l’entraînement, de partir en déplacement. C’était un groupe très soudé. 

Du côté des descentes, c’est surtout celle avec Caen en 2010 où je pense que l’on avait l’équipe pour ne pas descendre et pourtant… »

Récompensé quatre fois individuellement

« C’est gratifiant ! Ça évoque aussi de belles saisons. J’ai été quatre fois dans les quatre meilleurs joueurs de Ligue 2 donc ce n’est pas rien, malheureusement je n’ai pas été élu. À chaque fois ça a été les meilleurs buteurs qui ont été récompensés, mais c’était déjà une fierté d’y être (dans les quatre meilleurs joueurs de la saison). C’est surtout gratifiant d’être élu par les autres joueurs. Avec le titre (en 2014/2015) je pensais que j’aurais pu l’avoir mais ça n’a pas été le cas… Je pensais que j’allais l’obtenir ce coup si mais… J’y croyais, les gens autour m’en parlaient beaucoup. Pour autant, ça ne m’a pas du tout miné. Je préfère faire un titre de champion avec l’équipe et faire une très belle saison. Après c’est un plus mais c’est tout. On avait fait une saison extraordinaire. »

Aux côtés de Carles Puyol (défenseur emblématique du grand FC Barcelone) et Denis Petric (gardien de l’ESTAC 2014/2015) lors de la remise des trophées UNFP 2015.

Le cap des 700 matchs atteignable ? (ndlr : 661 matchs à l’heure actuelle)

« Peut-être. Chaque saison on me demande si je peux, mais on verra. C’est sûr que c’est atteignable, je me sens encore bien, peut-être que je peux y aller. Mais bon, pour le moment c’est vrai que je n’ai pas fait de plan au-delà du prochain match. J’essaye de prendre ce qui m’est donner chaque fois, chaque jour à l’entrainement, un maximum de plaisir sans compter. Si ça doit s’arrêter en fin de saison et bien j’essaie de prendre un maximum par rapport à ce qui m’est donné.

« Prendre les matchs les uns après les autres »

C’est une formule que l’on utilise, mais c’est vrai que l’on n’a pas le choix de prendre les matchs les uns après les autres déjà. Moi après, je profite du moment présent. Je suis carpe diem. Ça a un vrai sens pour moi. Le football c’est un sport particulier. C’est un sport collectif avec un carrière individuelle derrière, donc parfois il y a aussi des intérêts personnels à prendre en compte. Or, moi, aujourd’hui, je peux jouer à 100% pour l’équipe. »

Capitaine Nivet remercié par les supporters du Stade de l’Aube le 14 janvier dernier lors de la réception de l’AC Ajaccio.

Il y a t-il déjà eu des pistes pour jouer à l’étranger ?

« Non. À un moment donné. Les États-Unis ça aurait peut-être pu, peut-être. Il aurait fallu voir un peu plus loin. Après, cela aurait été enrichissant de découvrir un autre pays, un autre football, d’autres mentalités. Tout cela m’aurait plu. C’est vraiment quelque chose que j’aurai pu découvrir avec le football qui aurait pu être très enrichissant. S’enrichir personnellement, au niveau de la culture, pas spécialement pour jouer dans un autre pays car j’aime la France, j’y suis très attaché. Découvrir une autre pratique du football, une autre culture, une autre mentalité aurait été agréable. Je suis très attaché à la Ligue 1, à la France. J’ai pu le voir pour mes 40 ans, j’ai eu beaucoup de messages de sympathie, cela fait plaisir. Au fur et à mesure des années cette reconnaissance est venue progressivement. »

Être père dans le monde du football

« Je le vit très bien, je suis épanoui avec mes enfants. Je suis très proche d’eux comme tout père. Je suis très attentionné. Je fais attention à leur bien-être. »

Un environnement dangereux mais vivable

« Pour eux ça ne change rien. C’est surtout le regard des autres enfants qui est différent. Ils se rendent compte qu’ils ont un père particulier. Ils viennent me voir aux matchs, etc. C’est plus par rapport à l’école quand on me voit arriver que la différence se ressent. Cela se passe bien, il ne faut pas avoir de casseroles, c’est surtout ça car après, tout de suite les enfants en parlent. Forcément, après un 9-0 perdu contre Paris à l’école ça chambre un peu donc il faut qu’ils se protègent aussi de certaines choses. »

« Il fallait qu’ils viennent jouer le titre chez nous … »

« La fin c’était un calvaire. Prendre 9-0 dans la situation où on était, c’était peut-être le pire souvenir de match… Après, cette fête du PSG au Stade de l’Aube, c’était un peu de trop. C’était vraiment particulier. C’était un gros paradoxe, la saison qui n’allait pas du tout. Il fallait qu’ils viennent jouer le titre chez nous… »

A la lutte avec Pastore, un temps de retard à l’image de l’ESTAC durant ce long calvaire.
Photographe: photos Jérôme BRULEY

20 années dans le football professionnel, quels changements ?

« Il y en a eu beaucoup au niveau de la médiatisation, des réseaux sociaux. Après surtout l’argent, c’est ça qui a changé. Nous, à l’époque, quand j’ai commencé, il fallait avant tout prouver avant d’avoir un contrat pro. Désormais, c’est vrai que les contrats sont donnés vraiment très rapidement, de peur que les jeunes s’en aillent avec l’ouverture des frontières. Alors que nous, on était lié à nos clubs formateurs. On ne pouvait pas partir. On était obligé de signer notre premier contrat dans notre club formateur. C’est un changement important. Sinon c’est beaucoup plus médiatisé. Le football on le voit partout et c’est vrai qu’il y a beaucoup plus d’argent que par le passé. »

« Il faut faire attention. »

« Les réseaux sociaux changent beaucoup de choses parce que les moindres choses faites de travers sur ces réseaux sont reprises en boucle, et cela peut faire beaucoup de mal. Il faut faire attention. Il faut très bien maîtriser ces outils de communication qui peuvent être des très bons outils mais également très dangereux. »

Comment vous êtes-vous adapté à ces réseaux sociaux ?

« Je suis personnellement exclusivement sur Twitter. Ça me suffit, j’aime bien mais je ne suis sur aucun autre réseau. Peut-être que ça viendra pas la suite… Pour le moment, je n’y trouve ni le besoin ni l’envie. Je voulais me mettre sur Twitter, je trouve ça intéressant. Il faut faire attention comme je le dis, bien maîtriser sa communication. C’est surtout intéressant pour suivre l’actualité, c’est bien fait je trouve. »

Vivre sans les réseaux quand on est professionnel ?

« (ndlr : il y a des cours de communication sur les réseaux sociaux dans les centres de formation) C’est important qu’il y ai des cours car ça peut être très nocif parfois les réseaux sociaux. Il faut faire très attention donc ces cours sont bienvenus. Je peux très bien comprendre quelqu’un qui soit nulle part sur les réseaux sociaux pour se protéger et rester dans sa bulle. Il y en a qui en ont besoin, c’est selon chacun. Je pense qu’il faut faire par rapport à ce que l’on ressent »

Et dans le vestiaire, quelle est la tendance ?

« J’ai l’impression que c’est Snapchat qui est le plus utilisé, c’est beaucoup de Snaps. Après je ne connais pas du tout ce réseau, je ne connais que Twitter. »

Un écart générationnel

« Cela se passe très bien avec les jeunes. Il n’y a pas tant de décalage que l’on pourrait l’imaginer avec tant d’années. Ça se passe vraiment très bien. Il y a des jeunes très respectueux, très à l’écoute, travailleurs. Et puis, tout compte fait on est avant tout des joueurs de la même équipe. Il y a beaucoup de complicité sur le terrain. »

Un plus

« Cette relation m’offre la chance de rester « jeune ». Je me sens plus jeune que mes 40 ans dans ma tête. J’ai l’impression d’être plus jeune que ça. »

Conseiller les « jeunes »

« Pour ceux qui veulent réussir à être un bon pro, pour durer, il ne faut jamais rien lâcher. Le football c’est avant tout une passion. Cela se joue surtout mentalement. Tu ne peux pas réussir sans un gros mental, sans aimer souffrir. Les choses ne vont pas arriver comme cela, il faut aller les chercher. Il faut tenter sa chance. Après quelques clés simples comme le sérieux, la régularité, l’hygiène de vie et savoir que quand tout réussi on est vite encensé. Par contre cela peut aussi aller très vite dans l’autre sens. Il faut donc rester humble et se remettre sans cesse en question. »

 

Un top but de remerciement confectionné par nos soins et approuvé par Benjamin :

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