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Hamidou Keyta, « j’ai pris ma chance, j’ai pris des risques »

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Habitué des récentes feuilles de match de l’ASSE, Hamidou Keyta est en train de se faire une place dans le groupe de Christophe Galtier. Une entreprise qui tient à cœur au jeune homme dont le parcours, entre football amateur et déceptions dans les clubs professionnel, ne semblait pas le mener en L1. Focusito d’un joueur qui, malgré ses 22 ans, a déjà su forger son caractère à travers ses échecs et ne manque pas d’ambitions.

Une nouvelle tête déjà mature

C’est un jeune homme calme et posé qui nous répond, au lendemain d’un derby qu’il n’aura pas eu la chance de jouer. « Ce n’est pas une déception, un derby ça se gère, raisonne-t-il. On a gagné, c’est très très bien et moi, j’ai pu voir ce que c’était un derby, ce que ça demande. Ça me donne encore une motivation supplémentaire, en me disant qu’il va encore falloir cravacher, il n’y a rien qui est acquis. »

Après avoir débuté les entraînements avec l’équipe réserve, Hamidou Keyta se fait une place dans le groupe professionnel au fil du temps. Fin décembre, un concours de circonstances permet à l’ailier de la réserve faire partie des choix offensifs de Galtier au moment de partir effectuer le stage hivernal en Espagne. Il est très bien accueilli dans le groupe par son nouvel entraîneur, qui lui invente un surnom : « Doudou ». « Les relations se passent très très bien avec M.Galtier, il me fait confiance » se réjouit celui qui réussira son entrée en matière, deux semaines plus tard sur le terrain de Croix, en Coupe de France. Entré à la 81e minute, il en profite pour inscrire son premier but en professionnel, et faire une apparition pleine de confiance devant les caméras de TF1. Quelques jours plus tard, il sort du banc du stade Pierre-Mauroy, à Lille, pour faire ses premiers pas en Ligue 1, sur l’aile droite de l’attaque.


Hamidou Keyta: «Un grand moment d’émotion» par ASSE

Il est ensuite titularisé en pointe face à Angers, pour sa grande première dans le  Chaudron. La tête qui tourne, il découvre un stade qui « sent le football », et donne tout pendant 70 minutes, dans un rôle d’attaquant axial qui n’est pas son poste de prédilection. Mais ce n’est pas un problème pour le garçon qui déborde de motivation : « même si le coach me demande de jouer arrière, ou dans les buts, je réponds présent ».

« Issu d’un quartier, on m’a inculqué les bonnes valeurs »

Si aujourd’hui, Hamidou Keyta se montre si exemplaire et si mature dès son arrivée dans le monde pro, c’est que son chemin a été long et semé d’embûches, mais lui a permis de faire les bonnes rencontres.

Son chemin commence au Havre, où il grandit dans une famille nombreuse. « On peut dire que j’ai eu une enfance aisée, positive-t-il. Même si je suis issu d’un quartier, j’ai eu du cadre, j’ai été suivi. » Sous l’égide notamment de son grand frère Oumar, dit « Kporal », il apprend le respect ainsi que toutes les valeurs qui, il s’en rend compte, conditionneront sa réussite dans le monde du ballon rond.

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Un monde qu’il découvre dans un premier temps à travers l’expérience de son deuxième grand frère, Seydou, qui joue au Havre. « Quand on était en U15, il était en U18, et il était vraiment fort, il survolait le championnat, se rappelle Salif N’daw, coéquipier et ami d’Hamidou. Lui et moi, quand on était petit, on prenait modèle sur Seydou. » En plus d’avoir déjà un frère dans le football, l’adolescent a la chance de pouvoir compter sur le soutien de ses parents et notamment de sa mère, qui croit en lui malgré sa difficulté scolaire.

Au SC Frileuse, club amateur parmi les formateurs

En 2007, il quitte le club de son quartier, Caucriauville, et rejoint le SC Frileuse, qui compte parmi ses anciens joueurs Souleymane Diawara, Mamadou Niang ou encore Charles N’Zogbia. Un club amateur où, au sein d’une très bonne génération dirigée par Stéphane « Biloute » Herviou, il connaît plusieurs montées au niveau national. C’est là qu’il rencontre Salif N’daw, qui se souvient du « gars le plus rigolo, le plus déconneur au monde ». Hamidou a cette qualité de « tout prendre à la rigolade » et d’instaurer ainsi une bonne ambiance dans un vestiaire. Ce trait de caractère, le principal intéressé le voit également comme un défaut : « Je me confie trop vite. Dans les vestiaires, pour moi, tout le monde est au même niveau, je me méfie de rien et je rigole avec tout le monde ». Cela peut notamment lui porter préjudice dans un vestiaire professionnel comme celui de Saint-Étienne mais dans le groupe très soudé du SC Frileuse, il est un élément central.

D’ailleurs, ses coéquipiers s’en remettent à lui après chaque entraînement : pour attraper le dernier bus, indispensable pour rentrer chez soi – « si on le ratait, on était mort » fatalise Salif N’daw -, Hamidou est chargé de sprinter sur les 700m qui séparent le terrain de l’arrêt pour intercepter le bus. « Sur le terrain, il va super vite, c’est sa qualité première, loue l’ami intime d’Hamidou. Et là, on comptait sur lui, il fonçait, il allait plus vite que le vent et à chaque fois, il rattrapait le bus. »

« On voulait que les recruteurs nous regardent » 

Cancre, blagueur, le jeune Hamidou en est un. Mais attention : sur le terrain, il est d’un sérieux redoutable. « Certes, on a fait des montées en National, on gagnait le championnat régional, on jouait contre le PSG, etc., mais on était dans un club amateur, rappelle Salif. Mais lui, il était déjà loin dans sa tête. Il se projetait pour aller plus haut, quand on perdait à l’entraînement, il pleurait. Par-dessus tout, il n’aimait pas perdre, c’est tout ce qui comptait, pas perdre! »

Il faut dire qu’Hamidou mise beaucoup dans le football. « Je savais que je pouvais faire quelque chose, mais je savais pas à quel niveau » estime-t-il. Il en a pris conscience après une séance de détection pour l’équipe de Normandie et met toute sa volonté au profit du football.

C’est à cette période qu’il commence à demander des séances d’entraînement supplémentaires. Seulement, le SC Frileuse ne dispose que d’un terrain pour dix-sept équipes, et il est impossible de réaliser plus de deux entraînements par semaine. « Lui, comme d’autres, étaient demandeurs, mais on n’avait pas les structures » regrette Biloute Herviou.

Alors comme le zèle n’est pas possible, N’Daw et Keyta se tournent vers le fétichisme pour maximiser leurs chances d’arriver au plus haut niveau : les deux garçons se teignent les cheveux en blond et s’achètent des chaussures jaunes, pour harmoniser avec la tenue jaune du SC Frileuse. « On se disait qu’avec nos crêtes et nos crampons, les recruteurs allaient nous regarder et se dire ‘ouais, c’est lui que je veux' » rigole Salif.

Photo envoyée par Salif N’Daw.

De l’amateurisme à la formation

Crête jaune ou pas, Hamidou fait parler de lui jusqu’à Johann Louvel, formateur du HAC qui admet : « On l’avait déjà suivi, mais son profil n’était pas satisfaisant au niveau de la scolarité, et puis il avait un comportement un peu nonchalant sur le terrain ». Même si son entraîneur de l’époque assure que cette image de Keyta est erronée, il est vrai qu’il ne fait pas systématiquement les efforts défensifs. Un défaut, admis par l’ailier, qui le suivra durant toute sa formation. « C’est un gamin qui souhaitait toujours aller de l’avant, alors que le couloir, il fallait y apporter défensivement mais lui, c’était pas son fort. Lui, quand il prenait le ballon, c’était pour aller vers le but adverse » décrit Herviou.

Malgré tout, c’est cette qualité à créer du danger à chaque prise de balle qui attirera l’attention d’un recruteur de Guingamp. Il est supervisé lors de la finale de Coupe de Normandie contre Évreux, leader du groupe d’U17 National. Il réalise un bon match, se montre percutant, explosif et le voilà donc sur le départ, après 4 ans au SCF.

Pour la première fois, il se retrouve loin de son « cocon familial », d’après ses propres mots. Il y découvre un monde totalement différent de celui des banlieues du Havre, où les qualités footballistiques pures ne sont pas tout les mêmes. Keyta, « pas au point tactiquement » d’après N’daw, s’y retrouve rapidement confronté. « Je pensais que dans le football, tout tournait autour du ballon, dit-il. Je me suis rendu compte que ça demandait énormément de rigueur, il fallait répéter les efforts, garder une bonne hygiène de vie… j’ai eu du mal ».

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Hamidou Keyta, en bas, tout à droite, n’aura pas laissé un souvenir impérissable à l’EAG.

Ses résultats scolaires sont notamment mal vus par les éducateurs du centre, et il peine à s’adapter au nombre d’entraînements, qui passe de deux par semaines à deux par jour. Esseulé, il ne passe pas une bonne année mais il en tire une expérience et des leçons positives.

Un aller-retour chez les amateurs

Après cette saison, il rentre à Frileuse, où ses amis découvrent « un autre homme ». Salif nous décrit ce Hamidou grandi :

« Il est revenu avec un leadership, il est devenu capitaine directement, alors que de base c’est pas un joueur qui parle. Le gars, il survolait tout. On était un club amateur, on jouait contre le PSG, Moussa Dembele, etc., on se faisait laminer, mais lui, il était au-dessus. »

Il réalise ainsi une excellente saison sur le plan personnel, qui se finit en beauté. Pour son dernier match sous le maillot jaune du SC Frileuse, Hamidou déclare à Salif qu’il inscrira un triplé. 90 minutes et trois buts plus tard, il quitte son club en fanfare. D’autant que comme consécration de cette saison se profile une deuxième opportunité dans un club formateur.

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Hamidou Keyta brassard au bras, après son retour de Guingamp. (Photo : Paris-Normandie)

« Kporal », le frère qui gérait sa carrière d’une main de maître

« Mon frère est venu me voir en parlant d’Auxerre, retrace-t-il. Un jeune homme nous a dit qu’Auxerre cherchait des joueurs dans mon profil. Dans un premier temps, on a pris contact avec M.Nobilo, directeur de la formation. » Seulement, ce M.Nobilo pense qu’Hamidou est de la génération 1995. Lorsqu’il lui transmet sa fiche, indiquant sa naissance en décembre 1994, le joueur, jugé trop âgé, est éconduit. Heureusement, « Kporal » se montre convaincant auprès du dirigeant, qu’il connaissait du Havre.

Une nouvelle fois, le jeune joueur peut se montrer reconnaissant envers son frère aîné, âgé de dix ans de plus que lui et qui tient un rôle prépondérant dans sa carrière. « C’est grâce à lui qu’il en est là » résume Salif N’daw. Conseiller, agent et porte-parole, il permet à Hamidou de se décharger du poids de ce qu’il appelle la « pression extra ». 

« J’ai déjà assez à faire avec la pression sur le terrain, plaide-t-il. C’est lui qui parlait avec le coach, c’est même lui qui m’accompagnait en voiture lors du premier rendez-vous et c’est lui qui m’a dit, « bon voilà, on choisit ça ». Moi je le suis depuis qu’il a l’âge de 7 ans, c’est lui qui me gère. C’est pour ça qu’on continue sur cette lancée. »

En plus d’être son conseiller personnel en matière de football – « il y a des décisions que j’aurais prises autrement s’il n’était pas là, heureusement, il est là pour me recadrer » –, Kporal apporte son soutien à Hamidou lorsqu’il se trouve loin de sa famille, notamment lors de moments difficiles et solitaires. Les coups de fils réguliers entre les deux frères permettent au cadet de surmonter les épreuves.  Ce fut le cas à Guingamp, mais aussi plus récemment à Saint-Étienne, quand une blessure l’empêcha pendant de longs mois d’évoluer avec le maillot vert. « Il m’a accompagné dans la défaite comme dans la victoire, il a su me redresser, loue-t-il. Je ne pourrai jamais assez le remercier. »

Ainsi, grâce à son frère, Hamidou peut réaliser un essai non-officiel auprès de la réserve de l’AJA. À cette époque y joue Brahim Konaté, aujourd’hui joueur de l’équipe première, qui raconte comment le jeune Havrais bluffe tout lors de son essai : « avec ses qualités de vitesse, ils nous a choqués, on peut le dire ». Intégré à l’équipe, il se fond parfaitement dans le groupe, notamment grâce à Brahim dont il se rapproche énormément.

Auxerre, premier contact avec le monde pro

Son premier match en CFA 2, fin septembre 2013, est un véritable récital. Alors que l’AJA colle une correction (9-0) à la réserve d’Evian Thonon Gaillard, il se démarque en inscrivant un quadruplé. « De là, je me suis dit qu’il fallait continuer à travailler », conclut-il humblement. Il le fera bel et bien, comme nous le confirme Konaté, qui assure qu’il ne « trichait jamais à l’entraînement ».

L’AJA B était sur un petit nuage

Pour son premier match à Auxerre, Hamidou Keyta réussit l’exploit de marquer un quadruplé avant l’heure de jeu. (Photo : L’Yonne-Républicaine)

Jeffrey Baltus, gardien de la réserve et actuellement au CA Bastia, se souvient d’un joueur plein de qualités, qui avait à cœur de « montrer qu’il avait sa place dans un club de renom ». Il faut dire que Keyta garde encore les souvenirs de son échec quelques années plus tôt à Guingamp. « Plus mûr », il se « donne à 200% » pour ne pas laisser passer sa chance.

Dans un premier temps, cela semble porter ses fruits, puisqu’à quelques reprises, il va intégrer le groupe professionnel. Tout s’y passe bien, et Hamidou se dit qu’il va peut-être recevoir sa chance. « Je ne vous cache pas que j’y pensais, admet-il. J’aurais aimé monter dans ce club et y laisser des bonnes impressions. » Malheureusement, à la fin de la saison, il n’a jamais figuré sur une feuille de match et, surtout, ne se voit pas proposer de contrat professionnel. Il laisse derrière lui l’AJ Auxerre et rentre au Havre, où il rencontre Johann Louvel.

Un statut ambigu au HAC

L’ancien entraîneur de Souleymane, qui n’avait pas jugé bon de recruter Keyta lorsqu’il jouait à Frileuse, décide de permettre au joueur de « retenter sa chance ». Sous les couleurs du Havre, le benjamin de la famille réalise un début de saison canon comme il en a le secret – il considère comme une de ses principales qualités sa capacité à « vite saisir sa chance » – et il s’intègre facilement dans le groupe de la réserve.

Hamidou Keyta célèbre un but avec Lys Mousset. (Photo : Havrais au Céans/Mégane Fréchon)

Johann Louvel a la satisfaction de découvrir un joueur différent de l’image qu’il s’en faisait quelques années plus tôt. « J’avais un garçon très disponible, très généreux dans les efforts, se réjouit-il. Un garçon attachant aussi, puisqu’il fonctionne à l’affectif. J’ai énormément apprécié de travailler avec lui ». Le plaisir est réciproque et Hamidou est bien content de pouvoir compter sur le soutien de M. Louvel alors que la situation au club est instable.

En effet, le HAC vit une période de transition, avec l’arrivée de nouveaux dirigeants et d’un nouveau coach en équipe première. Cela affecte Keyta, qui avait réalisé un début de saison excellent, avec « 8-9 buts, des passes décisives » et des entraînements dans le groupe des pros,  mais subit une baisse de régime. « La passation de pouvoir n’a pas tiré dans mon sens, regrette-t-il. Ça m’a porté énormément défaut parce que la 2e partie de saison je l’ai fait un peu en demi-teinte. »

Résultat, à la fin de la saison, il ne se voit pas offrir le contrat professionnel qu’il attendait tant. Johann Louvel met lui aussi ceci sur le compte de la situation du club, notamment le fait d’une restriction budgétaire. « Le problème pour les joueurs qui, comme Hamidou, arrivent à maturité tardivement, c’est qu’il n’y a que le contrat professionnel à leur offrir » explique-t-il. Cependant, du point de vue d’Hamidou, il importe peu de savoir s’il bénéficiera d’un contrat aspirant, stagiaire ou ne bénéficiera d’aucun contrat : « Je voulais au moins m’entraîner pour faire la reprise avec les professionnels. On m’a dit que ce n’était pas possible, que j’allais reprendre avec la CFA 2, qui elle reprenait avec les moins de 19 ans. »

Retour au monde amateur, à Trélissac

Alors qu’il va avoir 21 ans à la fin de l’année, Keyta se décide à tenter un coup de poker. « Il fallait que je prenne mon envol. » Comme le monde professionnel ne veut pas lui ouvrir ses portes, il se met à étudier des propositions de clubs de National et de CFA, toujours en privilégiant l’aspect sportif. « J’avais juste besoin de jouer, de voir autre chose, de prendre ma vie en main ». 

En parallèle, Zivko Slijepcevic, entraîneur de Trélissac, cherche un deuxième attaquant et entend parler de son profil. Après avoir contacté Johann Louvel, qui lui loue les qualités du garçon, il entreprend les démarches auprès de Kporal Keyta et organise une rencontre. « Tout de suite, on a été satisfaits de sa présentation, avec son sourire et son grand gabarit » se remémore l’ancien joueur de VA. De son côté, Hamidou est convaincu par le projet et donne sa parole au président : il restera un an à Trélissac.

Hamidou Keyta (à gauche) et son coach Zivko Slijepcevic (accroupi) l’an passé, invités en studio de France Bleu Périgord pour parler de la Coupe de France.

 Au sein du club de CFA, le nouvel arrivant impressionne une nouvelle fois par ses qualités humaines et son assiduité à l’entraînement. « Le mercredi matin, avec lui, c’était entraînement spécifique : travail devant le but » se rappelle Zivko. Le travail paye et Keyta prend des nouveaux repères devant le but. Une fois ces nouvelles techniques combinées avec ses qualités de vitesse, « tout le monde dans le club sentait sa capacité à aller plus haut ».

Régulier en championnat, où il marque 7 buts, il participe à l’épopée en Coupe de France du TFC. En plus de se mettre en avant en jouant contre Clermont, Lille et l’OM, il profite de ce parcours pour « goûter aux joies, à la solidarité, à la dérouille ». Celui qui dit avoir énormément mûri pendant cette année devient un chouchou au sein du club, en raison de son attitude vis à vis du travail, d’autant que ses performances sont excellentes.

Lorsqu’Amiens le contacte, en hiver, il refuse et honore sa promesse. Un geste en écho à la confiance que lui ont accordé les dirigeants de Trélissac quelques mois auparavant : « Les clubs de National doivent comprendre que même si j’ai marqué des buts, changer de club comme ça parce que c’est un niveau au-dessus, c’est non. Je préfère privilégier la parole et le projet sportif. Parce qu’ils avaient vraiment un projet pour moi, ils avaient fait des efforts financiers, des efforts sur l’appartement également… il fallait vraiment que je respecte cet accord. »

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La différence entre Frileuse et Trélissac ? À Frileuse, on court vers l’arrêt pour attraper un bus, alors qu’à Trélissac, on court vers l’OM pour atteindre un quart. Hamidou (à droite) et ses coéquipiers célèbrent leur victoire aux tirs au but contre Lille en Coupe de France.

« On m’a dit que Saint-Étienne recherchait des profils de mon genre »

À l’issue de la saison, il est suivi par plusieurs clubs français et étrangers, dont « Saint-Étienne, Clermont et un club de 1ère division belge », d’après Zivko Slijepcevic. Très vite, il est attiré par la perspective de jouer sous les couleurs de l’ASSE, « un des cinq plus grands clubs de France ». Dans un premier temps, il nous dit qu’il y va pour renforcer l’équipe réserve, en espérant y tirer autant d’expérience qu’à Guingamp, Auxerre et Le Havre. Mais très vite, il admet : « Je ne vais à Saint-Étienne en me disant « oui je vais aller à Saint-Étienne pour jouer avec la réserve ». Ça serait mentir. Moi je suis un compétiteur, je taffe toujours pour aller au plus haut niveau. »

Malheureusement, il ne pourra porter aucun maillot des Verts – ni celui des pros, ni celui de la réserve – pendant ses trois premiers mois, car il souffre très rapidement d’une fracture du métatarse. Éloigné des terrains pendant trois longs mois, il aura tout juste le temps de revenir, participer à trois matchs de CFA2, avant que tout ne se précipite.

Fin décembre, il embarque en Espagne avec le groupe pro. Deux semaines plus tard, il joue enfin son premier match professionnel. Quelques jours plus tard, il est applaudi par le Chaudron, et croit rêver, d’après ses propres dires. Mais malgré toute l’animation qu’il découvre depuis qu’il fait partie du paysage de l’ASSE, il garde les pieds sur terre. Présent dans le jeu face à Lille et Angers, percutant face à Toulouse, il ne se contente pas de ces premiers pas corrects.

« Ce n’est pas que sur un match. Il faut que je réponde présent tout au long de ma carrière et que je donne totalement satisfaction aux supporters, au président et au coach parce que c’est eux les premières personnes à m’avoir fait confiance. C’est un autre monde, on n’est plus dans la passion on est dans le travail. C’est du sérieux, c’est des personnes, des supporters qui ne touchent pas forcément beaucoup d’argent, qui ont des abonnements, qui demandent seulement à un retour sur investissement. Et le seul retour qu’on peut leur donner c’est de mouiller le maillot. Aujourd’hui je porte quand même un maillot, c’est Saint-Étienne ! Pour moi Saint-Étienne c’est Saint-Étienne, ce n’est pas n’importe qui. »

Quant à ses objectifs, ils sont clairs : désormais, il veut tout donner afin de s’installer durablement dans le groupe. Nul doute qu’il n’aura aucun soucis à faire les efforts, lui qui a toujours voulu en faire plus. D’ailleurs, il ne résume que par cela ce qu’il vit récemment : « travail acharné, répétition d’efforts, mentalement et physiquement ».

Avec ces mots d’ordres et un sourire toujours pendu à ses oreilles, difficile d’imaginer comment Hamidou Keyta pourrait ne pas devenir un des chouchous de Geoffreoy-Guichard. C’est en tout cas ce que mérite un joueur qui n’aura jamais baissé les bras durant les dix premières années de son parcours, et ce que mérite un garçon attachant ainsi que tous ses proches qui l’ont soutenu.

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Stadito remercie Hamidou Keyta, Zivko Slijepcevic, Johann Louvel, Stéphane Herviou, Salif N’daw, Brahim Konate et Jeffrey Baltus pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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https://stadito.fr/2017/02/05/allan-saint-maximin-focusito/

Jonathan Tunik

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