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Guillaume Gillet, le guerrier aux cheveux longs conquiert par sa passion

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Quand Guillaume Gillet aime, il ne fait pas semblant. L’ancien d’Anderlecht et de Bastia, actuellement à Nantes, se démarque par son envie débordante et son amour de chacun de ses maillots. Polyvalent, presque sans qualité technique qui saute aux yeux, il a souvent été baladé aux quatre coins du terrain, mais a toujours tout fait pour aider son équipe.

Liégeois de sang, Bruxellois de cœur

Né à Liège, le jeune Guillaume ne tarde pas à se diriger vers le football. À Visé, au Royal FC Liège, et même au grand Standard pendant une saison. Mais même s’il se considère comme un fan du RFCL, qui finit sa formation et le lance en D2 belge, l’équipe qui fait rêver Gillet ne se trouve pas dans la région liégeoise. Son père lui a transmis dès son plus jeune âge son amour pour Anderlecht, club le plus titré de Belgique.

Accessoirement, le club de la capitale est également l’ennemi numéro un du Standard. Ce qui amène à une situation cocasse le jour où le jeune liégeois se présentera à l’entraînement des Rouches avec le maillot mauve et se confronte au refus de ses dirigeants de le laisser évoluer dans cette tenue.

Alexandre Martinovic, côtoyé à La Gantoise par Gillet, nous confirme que son amour pour le RSCA n’est un secret pour personne dans le vestiaire. « Il le disait clairement, c’était son équipe de coeur ». Mais si les confrontations qu’offraient la Jupiler League étaient particulières pour Guillaume, elles l’étaient également pour le reste de l’équipe, car « jouer contre Anderlecht, c’était LE gros match de la saison, un peu comme affronter le PSG en France aujourd’hui ».

Une formation entre amateurisme et études

Toujours amoureux du club qui l’a vu éclore, Gillet retourne rendre visite à Liège de temps en temps, en tant que supporter.

Au RFC Liège, club historique de Belgique connaissant alors des difficultés financières et relégué de l’élite, il finit sa formation jusqu’à être lancé en D2 belge. Mais à la fin de la saison de ses débuts, soit après avoir joué trois matchs dans l’antichambre de l’élite belge, Liège est relégué administrativement.

En 3e division, le FC Liège pourra compter sur son milieu de 19 ans, également capable de jouer attaquant. Le temps d’une saison seulement, car après avoir rapidement fait le tour de la question en D2, il retourne à Visé, en D2. Le club liégeois qui l’avait formé durant la première partie de sa jeunesse lui offre une première saison pleine à l’échelon supérieur.

Après 36 matchs et 5 buts, il migre pour un nouveau club de D2, Eupen. Toujours dans la région liégeoise. Il faut dire que Gillet ne veut probablement pas quitter les environs de Liège pour jouer la sécurité : en parallèle du semi-professionnalisme de la D2 – qui ne lui permet toutefois pas de vivre du football -, Gillet assure le coup en terminant des études supérieures en éducation physique.

Pour résumer son passage à Eupen sur dhnet.be, Gillet estime que la D2 est sous-estimée « à tort » et qu’il a su « reculer pour mieux sauter ».

Découverte d’un nouveau monde comme d’un nouveau poste

Une fois son diplôme obtenu, Gillet a 22 ans et sort d’une saison excellente durant laquelle il a marqué 17 fois avec Eupen, étant aligné un cran plus haut en numéro 10. Il a donc l’opportunité de concrétiser son rêve de professionnalisme. La Gantoise, avec à sa tête Georges Leekens, vient le chercher pour lui offrir un contrat de trois ans.

Courtisé par plusieurs clubs de l’élite, Guillaume choisit Gand dans l’optique d’avoir une place dans l’entre-jeu : « Je tenais à évoluer là où l’on me donnerait la chance de prouver ma valeur et d’évoluer à mon poste de prédilection, c’est-à-dire comme meneur de jeu. »

« C’est un joueur très complet, technique, avec un gros volume de jeu, bon de la tête, capable de marquer… » énumère Alexandre Martinovic, arrivé à La Gantoise en même temps et que nous avons contacté.

Mais une fois sur place, stupeur. Pour la première fois de sa carrière, Gillet découvre que son entraîneur attend de lui une contribution à un poste inconnu. Alors que Martinovic désigne Gillet comme l’archétype du « milieu de terrain moderne », « le coach de l’époque le lance arrière droit ».

Reste que ce pari fou de l’ex-sélectionneur des Diables Rouges s’avère payant pour Gand comme pour Guillaume, qui s’impose tout de suite pour sa première saison dans l’élite. « Il a dû attendre, je crois, les 5 premiers matchs pour gagner sa place de titulaire, et après il ne l’a plus lâchée. » Il doit renoncer aux joies régulières du buteur, mais en contrepartie se familiarise avec la mentalité de guerrier qui le définira plus tard.

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Car cela peut paraître surprenant, mais le soldat aux cheveux blonds n’a pas toujours eu cette gnaque. Il disait même avoir tendance à se défiler en cas de scénario défavorable sur le terrain, jusqu’à travailler avec Marc Grosjean à Eupen.

Grâce à son état d’esprit irréprochable, le milieu offensif s’adapte facilement à son nouveau poste, même s’il lui faut redoubler d’efforts pour ne pas démesurément porter son ballon et pour prodiguer des centres de qualité. Il s’initie aussi au box-to-box dans son couloir, un exercice dans lequel son énergie débordante fera de lui un maître une fois aligné au milieu de terrain.

« Il a choisi son rêve plutôt que l’argent »

Toujours en travaillant au service de l’équipe, le Liégeois s’imposera au point de découvrir l’équipe nationale en octobre 2007, pour un match de qualifications pour l’Euro 2008, face à la Finlande. Quelques semaines plus tard, une autre concrétisation se présente pour celui qui a joué 55 matchs en 18 mois, presque tous en tant que latéral droit.

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« À La Gantoise, il était d’abord avec les Espoirs. Il disait qu’il avait une superbe génération : Kompany, Fellaini, Witsel, Lombaerts et autres… » – Alexandre Martinovic

L’intérêt du RSC Anderlecht est évoqué pour le mercato hivernal. On peut imaginer que pour le fan que reste Gillet, la décision n’est pas difficile à prendre. Malgré d’autres opportunités alléchantes…

« On était en stage à Marbella, il avait le choix entre Anderlecht et une équipe de Moscou, je ne sais plus laquelle, où il gagnerait 10 fois plus d argent, se souvient Alexandre Martinovic. Il a choisi son rêve plutôt que l’argent. »

À Anderlecht encore, c’est en défense que le Wallon fait son adaptation. Mais après quelques mois de réussite totale durant lesquels il découvre la Coupe UEFA (ancêtre de l’Europa League) et remporte la Coupe de Belgique, il est repositionné au cœur du jeu. Pour la saison 2008-2009, la hargne et l’engagement de Gillet au milieu de terrain sont des constantes dans le dispositif d’Ariel Jacobs.

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Moins de deux mois après son arrivée à Anderlecht, Gillet affronte le Bayern, qu’il considère comme le plus grand club du monde, en Coupe UEFA.

Préféré des supporters, comme une évidence

Malgré son changement de statut, de fan à joueur du Sporting, il garde une proximité particulière avec le peuple mauve. De par sa passion, son amour du maillot, comment aurait-il pu en être autrement ? Gillet s’arrache à tous les matchs, marque à plusieurs reprises dans les derbys face au Standard (7 buts et 3 passes décisives tout au long de sa carrière) et entend vite un chant à son nom résonner dans les tribunes du Stade Constant Vanden Stock. Un privilège qu’il n’avait pas eu à Gand, même s’il était déjà « un bon mec, simple et souriant », comme il le prouvera en se pointant à l’improviste sur la terrasse d’un café prisé par les fans du KAA (photo plus haut). « Il a toujours été apprécié, précise Martinovic. Mais il n’est pas resté assez longtemps pour devenir le chouchou des fans. »

Une concrétisation de plus pour celui qui, quelques saisons plus tard, évoluera avec la même hargne et le même dévouement aux fans. Mais si son implication et sa titularisation sont des constantes, la position de Gillet reste soumise aux aléas des besoins du coach Jacobs. Résultat de recherche d'images pour "guillaume gillet anderlecht"

La blessure du latéral droit Wasilewski à l’aube de la saison 2009-2010 marquera le retour de Gillet en défense, et ce pour toute la saison. Si la blessure de Martens à Gand avait lancé sa carrière pro, celle-ci aura des conséquences moins positives. D’abord, cela freine son développement là où il préfère évoluer, en tant que milieu box-to-box. De plus, le poste de latéral droit lui offre moins de perspectives d’avenir avec les Diables Rouges.

Finalement, après un an d’exil à droite durant lequel il ne joue pas avec les Diables Rouges mais remporte son premier titre en championnat, et une autre saison de transition où il est utilisé à tout va, Gillet réalise une saison de grande classe en 2011-2012. Il est de retour à droite, mais plus haut cette fois.

En tant qu’ailier, où son acharnement s’allie bien avec sa technique et avec la qualité de centres qu’il a acquis, il fait des ravages : il retrouve les joies du buteur à 19 reprises en 47 matchs, et finira la saison en soulevant son deuxième titre de champion belge après une victoire 3-0 face au Standard. Son nom figurera même dans l’équipe-type de la Ligue Europa, malgré l’élimination d’Anderlecht en 16e de finale.

Tout gagné, et déjà fait le tour de la question ?

Mais après tant de réussite, que souhaiter à Guillaume Gillet ? La saison suivante, les hommes de John van den Brom, qui a succédé à Ariel Jacobs, remportent à nouveau le titre, et jouent la Champions League. Gillet fait des apparitions irrégulières en Équipe de Belgique, avec qui il inscrit son premier but (voir plus haut). Cependant, l’été suivant, Guillaume Gillet veut s’en aller. Encore une fois, l’international belge a passé la saison à droite, et avec la Coupe du Monde au Brésil et la trentaine qui approchent, il veut tenter un expérience à l’étranger.

Il dispose notamment d’une offre de Galatasaray, où sa passion collerait probablement bien avec les valeurs du club. Mais finalement, le feuilleton de l’été se finit à Bruxelles, là où il avait commencé. Les dirigeants présentent à Gillet la perspective de jouer une nouvelle fois le titre et la Ligue des Champions, le brassard au bras.

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Guillaume Gillet peut célébrer le but de Sacha Kjelstan face à l’Olympiakos, mais son équipe finira dernier de sa poule avec un point en 6 matchs.

L’expérience Ligue des Champions tournera au vinaigre, avec un seul point et plusieurs claques dont une à domicile face au PSG (0-5), et Gillet semble traîner son spleen sur le terrain, que ce soit à droite en première partie de saison, ou même dans l’axe par la suite. Cette année sera l’année de trop pour Gillet qui perd le soutien des fans, perd sa place en équipe de Belgique à la Coupe du Monde, et ne saurait se consoler avec son quatrième titre de champion de Belgique.

Gillet et la Corse, couple parfait ?

Gillet sera finalement prêté à Bastia, où il découvre la Ligue 1. Si le choix du club corse peut paraître décevant par rapport aux offres dont le Belge disposait un an plus tôt, il s’avérera parfait. Son intégration de passe bien, sur le terrain comme auprès des fans. Que ce soit sous les ordres de Claude Makélélé, qui ne fait pas long feu, ou sous ceux de Ghislain Printant, plus question de voir ailleurs qu’au milieu de terrain, où il s’impose en patron.

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Quant aux fans, au public fier et capricieux que peut être Furiani, comment aurait-il pu ne pas succomber au charme d’un guerrier qui ne lâche jamais rien, de la première à la dernière seconde du championnat ? Car Gillet, qui malgré son engagement de tous les instants ne paraît jamais blessé, restera comme l’un des rares joueurs de champ à avoir disputé chaque minute de la Ligue 1 2014-2015.

Il dispute en parallèle les 5 matchs et deux prolongations qui emmenèrent Bastia jusqu’en finale de la Coupe de la Ligue, et assure par la même occasion un statut de légende dans la mémoire des fans bastiais. Tout l’été, il attendra une offre des dirigeants pour prolonger l’aventure. Un coup de fil qui ne viendra jamais, en raison des problèmes de gestion de la direction.

6 mois pour faire ses adieux à Anderlecht

Gillet refuse de rejoindre un autre club de Ligue 1 que Bastia, malgré la proposition de Reims, et restera finalement à Anderlecht, où on lui propose un poste au milieu de terrain. Il n’y restera que 5 matchs.

Mais Gillet ne veut pas que cette promesse non tenue donne des allures de couacs à la fin de la magnifique aventure entre Gillet et Anderlecht. Il donne tout, même à droite, et ne se privera pas d’inscrire encore 6 buts à célébrer avec les fans. Il en inscrira 3 en 6 matchs d’Europa League, dont deux face à Monaco. J’étais présent dans les tribunes du Parc Astrid pour le troisième, face à Monaco, où il réalisa une performance exceptionnelle un soir d’octobre. Durant 90 minutes, il sauva les meubles les pertes de balles de son coéquipier et défenseur central Kara Mbodj, à coup de tacles glissés aussi spectaculaires que bien sentis. Il inscrivit en plus le premier des deux buts de la victoire d’Anderlecht (2-1) d’une magnifique reprise, et eut droit à son chant après être bien évidemment allé saluer le public.

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Il aura droit à une standing ovation encore plus conséquente quelques semaines plus tard, après son dernier match, dans lequel il aura offert la victoire aux Mauves sur penalty. Pendant de longues minutes, Gillet est chanté par tout un peuple. Après s’être procuré un micro, avoir versé quelques larmes, Gillet peut être satisfait de ses adieux. Comme souhaité, il aura soigné sa sortie, et sera parti sous les applaudissements plutôt que de partir après une saison de trop.

Nantes, un choix dicté par la passion

Sa prochaine destination ? Nantes. S’il avait décidé de ne pas revenir en France ailleurs qu’à Bastia, il revient sur sa décision, peut-être à cause du silence radio des dirigeants corses. Il le dit ouvertement : le souvenir de l’ambiance à la Beaujoire a compté dans sa décision.

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Et si les Nantais ne se souvenaient pas de Gillet, il ne leur faut pas longtemps pour juger de la qualité de leur  : titulaire dans l’entre-jeu dès son arrivée, Gillet est marque son premier but dès la fin du mois de janvier, et sera l’un des principaux artisans de la montée en puissance du FCN, qui a un temps espéré jouer le haut du tableau. Il sera même élu joueur UNFP du mois de février.

Fidèle à sa réputation, il ne manquera pas une minute de la deuxième partie de saison en Ligue 1. Mais ses excellents 6 premiers mois à Nantes ne lui permettent pas d’intégrer l’équipe de Marc Wilmots pour aller l’Euro en France.

Son prochain rêve ? L’American Dream

Cette saison encore, Gillet est un des seuls joueurs au niveau au sein d’un FC Nantes bien triste. À maintenant, 32 ans, il ne semble pas ressentir le poids des années. Mais le guerrier aux cheveux longs pourrait ne pas s’éterniser chez les Canaris : s’il évoquait au début de sa carrière le Bayern comme club où il rêvait de jouer, il lorgne maintenant de l’autre côté de l’Atlantique.

Quand l’heure sera venue, il ira s’éclater en MLS, où ses anciens coéquipiers Jeff van Damme et Sacha Kjelstan s’éclatent déjà. Avant d’accomplir sa promesse : retourner au FC Liège, là ou tout a commencé. Quoi qu’il en soit, celui qui voulait finir ses études dans la région liégeoise aura fait du chemin.

Stadito remercie Alexandre Martrinovic pour sa disponibilité et sa gentillesse.

Article rédigé et propos recueillis par Jonito.

Jonathan Tunik

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