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Benjamin Lecomte : « On a un très bon groupe, tôt ou tard ça paiera »

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Pendant la trêve internationale, Benjamin Lecomte s’est confié à Stadito dans le cadre de La Rubrique de Jonito. Alors que vous avez pu lire depuis dimanche soir son portrait enrichi par certaines des réponses qu’il a apportées à nos questions, voici l’intégralité de notre interview réalisée avec le nouveau capitaine lorientais. Et il évoque, en plus de son parcours, les ambitions que peut nourrir « son » groupe, qu’il trouve plein de potentiel.

Pouvez-vous nous raconter comment vous êtes devenu gardien ? Il se raconte que votre parcours est atypique…

« J’ai commencé dans les buts à 14 ans, c’est vrai que c’est un peu tard peut-être par rapport à certaines personnes, mais voilà ça c’est les aléas du foot, on n’est pas forcément tout de suite mis à son meilleur poste. Les choses ont fait que j’ai fini par me retrouver dans les buts, et que j’y prenais goût. J’aimais bien y aller petit, pour tout ce qui était tournoi, aller dans les buts et voilà, j’ai fini par basculer du côté du gardien de but. »

Un épisode déterminant se fait notamment pendant les tests de détection à l’Institut national du Football à Clairefontaine, non ?

« Exactement. Mon papa avait mis joueur de champ, et gardien de but en deuxième poste, parce que lui aussi aimait bien que j’aille aux buts. En fin de compte, un gardien s’est blessé pendant les tests, et comme ils se sont retrouvés avec un gardien en moins et que ça compliquait les choses pour les matchs, ils ont regardé les fiches et vu que j’avais mis « gardien ». C’était un peu marrant parce que j’étais pas du tout préparé à aller dans les buts, c’était plutôt un second choix et je n’avais même pas d’équipement sur moi. On m’a prêté des gants et puis voilà, j’ai fait les tests en gardien, et ça leur a plutôt plu puisque je suis allé jusqu’au stage probatoire qui est le dernier tour avant l’entrée à Clairefontaine. Au final, je n’ai pas été pris, parce qu’il y avait des vrais gardiens devant moi avec qui il était dur de rivaliser. Mais cela reste une expérience inoubliable. »

Vous faites ensuite une saison à Antony, des les buts, en U14 fédéraux, jusqu’à pouvoir rebondir à Niort…

« Après cette année de gardien, j’ai fait des tests à Niort, qui m’ont pris. La suite, ça a été un début compliqué, en tant que doublure, et après par force d’abnégation et de travail, j’ai réussi à retourner la hiérarchie et c’est là que tout a commencé. »

Vous y resterez trois ans, avant de partir à Lorient pour votre fin de formation. Plusieurs clubs de Ligue 1 souhaitaient vous attirer, pourquoi choisir Lorient ?

« Parce que c’est le projet qui m’a le plus plu, c’est-à-dire que je voulais continuer dans un club dans l’esprit de Niort, familial, pas dans ce qu’on peut appeler une usine de joueur. Je voulais vraiment réussir à faire mon trou et progresser. Après j’ai eu des échanges avec l’entraîneur des gardiens qui se sont très bien passés aussi. J’ai fait un choix purement sportif, parce que la proposition du FC Lorient, financièrement, était pas la plus belle et de loin, mais il faut faire des choix et je crois qu’aujourd’hui ça a l’air payant. »

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Comment se passe l’intégration à Lorient ?

« Tout se passe très bien, j’ai eu mon bac et ensuite j’ai tout de suite été à Lorient. Avec mon appartement, c’est une nouvelle vie qui se met en place, bien évidemment, parce qu’on n’est plus au centre de formation, on est seul chez soi, face à un nouveau challenge individuel aussi, une découverte dans une nouvelle vie avec de nouvelles personnes. »

Parmi ces nouvelles personnes, il y a notamment Fabien Audard, figure emblématique du club…

« Je savais que de toute façon ça allait être un chemin assez long et compliqué parce que Fabien est un super gardien. Pour détrôner un gardien comme ça, il faut plus que du talent. Le temps m’a permis de le faire, mais si j’avais été plus intelligent et meilleur à certaines occasions, j’aurais peut-être pu faire basculer les choses un peu plus rapidement. Mais voilà, c’est ma carrière, elle est construite comme ça et ça me permet de voir aussi là où j’ai été bon et là où il m’a manqué plein de choses qui ont fait que certains gardiens ont joué plus tôt que moi en Ligue 1. »

Lorsque vous intégrez l’équipe première, Fabien Audard vous prend sous son aile, en quelque sorte ?

« Tout à fait. J’ai tout de suite eu une bonne relation avec Fabien, en tant que jeune gardien qui arrivait et aussi parce que j’avais envie d’apprendre à ses côtés. C’était un des meilleurs gardiens de Ligue 1 à l’époque donc forcément pour progresser il faut s’inspirer des très bons. J’avais une très bonne relation avec lui que j’ai toujours d’ailleurs. Cela m’a permis de progresser sur plein de points et franchir des paliers. Ça a été très important aussi dans mon intégration, dans ma progression. »

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Pendant plusieurs années, vous allez garder un rôle de doublure à Lorient. Était-ce frustrant ?

« Oui et non. La première, elle n’est pas frustrante parce qu’on sait le poste qu’on a, on est là aussi pour continuer d’apprendre, on a très peu de temps de jeu, que ce soit en Ligue 1 ou même en CFA, parce que les matchs concordent pas forcément, donc ce qui est compliqué c’est ça. La deuxième année, elle est un peu plus dure, parce que forcément, lorsqu’on a commencé à jouer, on a envie de rester sur le terrain mais on prend vite conscience que c’est pas du tout si facile que ça en a l’air et qu’il faudra beaucoup plus de travail pour s’installer. Moi c’est ce que j’ai essayé de fournir, ça a quand même mis du temps mais c’est arrivé. »

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>> LIRE LA RUBRIQUE DE JONITO SUR SON PARCOURS <<

En 2012, vous êtes victime d’une blessure qui vous tient éloigné des terrains relativement longtemps. Quel souvenir gardez-vous de cet événement ?

« Justement, ça fait partie des périodes où j’aurais peut-être pu faire quelque chose, faire basculer les choses de mon côté, mais voilà, la carrière est faite, de temps en temps, de blessures. Elle est arrivée au mauvais moment parce que je me suis blessé et juste dans la foulée, Fabien s’était assez bien blessé au genou, ce qui fait qu’il avait manqué, je crois, dix matchs de championnat, ce qui m’aurait permis de progresser, de me montrer, et peut-être même de franchir le cap de numéro 2 à numéro 1 sur ce temps-là. Ça ne s’est pas fait, mais je ne l’ai pas du tout pris comme un échec, loin de là, parce que c’est dans les blessures aussi qu’on va puiser au bout de nous-même et au contraire, ça m’a appris à mieux me connaître aussi, c’était une bonne expérience. »

En 2013, une autre blessure vous prive de la Coupe du Monde U20 en Turquie, où les Bleuets seront sacrés champions. Avez-vous des regrets ?

« Celle-là, c’était une blessure musculaire qui n’était pas du tout grave, mais lors de ces compétitions-là, le temps va très vite et il fallait faire des choix : c’était soit aller à la Coupe du Monde et prendre le risque de me blesser plus gravement, soit me soigner correctement et faire une bonne saison à Lorient pour espérer faire quelque chose. Donc voilà, c’est des choix qu’il fallait faire, qui ne sont pas forcément agréables, mais bon. »

 

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Car pour vous, le temps de jeu à Lorient a toujours été prioritaire aux expériences en Équipe de France jeune ?

« Forcément, quand on a un discours en club qui nous dit qu’il y a des choses à faire dans la hiérarchie, des caps à passer, on essaie de mettre la priorité au club. Parce que c’est qui va nous faire jouer toute une saison après, c’est aussi parce que ça reste une sélection de jeune et qu’il y a du beau monde donc forcément à la moindre blessure on est mis de côté, et c’est compréhensible. »

En 2013, un match dont vous vous souvenez probablement, Lorient s’incline lourdement en demi-finale de la Coupe de France à Evian (4-0), vous encaissez 4 buts dont notamment 2 « boulettes ». Est-ce le pire match de votre vie ?

« Tout à fait. Il m’a marqué oui, parce que forcément quand on fait des erreurs on est dégoûté, en tant que gardien c’est la pire chose qui peut nous arriver. Mais je l’ai pris aussi comme une remise en question personnelle où il fallait vraiment que je franchisse des paliers pour arriver à ce niveau-là, parce que ça se joue sur des détails. C’est plus des erreurs de concentration et c’est pour ça que je disais que le temps de jeu est primordial puisque c’est des erreurs qui arrivent lorsqu’on en a pas beaucoup : niveau concentration on n’y est pas forcément, peut-être qu’il y a du stress aussi parce que c’est un match important et qu’on n’est pas habitué à jouer des matchs de ce niveau-là. C’est peut-être un mélange de plein de choses qui ont fait que cette erreur est arrivée. Et je sais qu’avec plus de temps de jeu, ça ne serait sûrement pas arrivée. Maintenant, c’est peut-être le déclenchement de ma carrière aussi, donc je la prends pas du tout comme un échec, au contraire peut-être qu’elle est arrivée au bon moment, et peut-être qu’elle est arrivée trop tard. »

Avez-vous ressenti un manque de confiance suite à ce match ?

« Alors un manque de confiance, non, parce que derrière j’ai l’opportunité de jouer tout de suite un match contre Saint-Étienne qu’on avait remporté à la maison, je crois 2-1 ou 3-1. Ça permettait de basculer sur quelque chose de positif, maintenant, sincèrement, aujourd’hui j’y pense encore parce que c’est ce qui permet de se faire progresser et de gardien ce capital concentration qui est primordial à ce niveau-là. »

Quelques mois plus tard, vous serez finalement prêté à Dijon. Qui avait voulu ce prêt ?

« C’est moi qui le voulait, parce que j’avais prolongé au mois de mars à cette époque-là et il fallait absolument que j’aie du temps de jeu. Cette erreur à Evian l’avait complètement montré, il fallait que j’arrive à enchaîner 30 matchs et aujourd’hui, le niveau de la CFA ne suffisait plus à me faire progresser. Donc il fallait que j’aille voir ailleurs. Après c’est les aléas du club, on compte sur nous aussi, donc tout le monde n’est pas forcément d’accord à un moment donné, mais à la finalité ce qu’il faut retenir c’est que ça s’est fait et que ça m’a permis de grandir. »

Et vous réalisez finalement une saison plutôt exceptionnelle, non ? Vous remportez même le titre de meilleur joueur du club à la fin de la saison.

« Oui, c’est une année qui était personnellement très importante, parce que j’avais conscience que si je ne réussissais pas ce prêt, derrière je pouvais me mettre dans l’embarras pour beaucoup de choses dans ma carrière, et surtout ne pas la lancer. J’ai réussi à faire le travail et j’étais très bien entouré là-bas. Ça a été une année particulière pour moi, il y a eu la naissance de ma fille, il y a eu plein de belles choses qui me sont arrivées sur cette saison, donc c’est vraiment le commencement de ma carrière. Une année qui comptera de toute façon et qui reste dans ma mémoire. J’oublie vraiment pas ce passage-là, en termes de personnes, il y a des gens extraordinaires et je souhaite à plein de gens de vivre ce que j’ai vécu là-bas. »

Et quand vous revenez à Lorient, la place de titulaire vous est réservée. Vous vous y attendiez ?

« C’était quelque chose qui était pas forcément attendu, parce que je ne savais pas du tout où j’allais après ce prêt-là. Je sortais d’une très bonne saison en Ligue 2, est-ce-que c’était suffisant pour m’ouvrir les portes de Lorient ou d’un autre club, c’est ce que j’attendais de voir et voilà, ça s’est ouvert à Lorient. Tant mieux, maintenant y’avait un nouveau défi à relever, c’était celui de succéder à Fabien et je savais que ça allait pas être facile du tout. Avec ce changement de staff, je savais que ça allait être une année charnière pour le club aussi, et j’étais motivé à relever ce challenge. »

Benjamin Lecomte (Lorient)

Cette saison se passe très bien, tout comme votre deuxième saison après votre retour au club…

« J’ai été élu deux fois de suite meilleur joueur de l’année à Lorient, donc ça fait trois récompenses sur trois années qui font énormément plaisir, et qui récompensent aussi le travail fourni au quotidien pour progresser et c’est une fierté aussi. »

Vous vous démarquez régulièrement par l’idée de proximité que vous inspirez aux fans : vous êtes souvent parmi les seuls à saluer, et vous êtes le préféré de beaucoup de fans lorientais. Vous avez une approche du sujet différente des autres joueurs ?

« Je vis ça parce que c’est mon métier, mais je vis ça comme un sport, comme un échange aussi et il faut prendre conscience que sans nos supporters on ne serait pas grand-chose. Aujourd’hui jouer en Ligue 1 devant des stades vides ce serait pas forcément quelque chose d’extraordinaire, on a de la chance d’avoir du monde qui vient constamment à Lorient, mais j’essaie justement de les pousser pour qu’ils nous soutiennent encore plus, qu’il y ait encore plus de monde, parce que je sais que sur certains matchs ça fait basculer les choses, et c’est une récompense pour tout le monde. Ils sont fiers de voir qu’on est proches d’eux et nous justement on les remercie de nous apporter cette ambiance-là sur certains matchs. Maintenant il faut que tout le monde arrive à passer ce seuil-là, et que ce ne soit plus seulement sur certains matchs mais sur chaque match à domicile. Depuis le début de l’année, il y a quelque chose qui est en train de se passer avec les supporters, il faut qu’on arrive à garder ça et l’accentuer parce que tôt ou tard, ça paiera. Dans des situations délicates, c’est là qu’on voit vraiment les vrais supporters et aujourd’hui il y en a de plus en plus donc c’est qu’il est en train de se passer quelque chose. »

Lorient's French goalkeeper Benjamin Lecomte gestures during the friendly football match between Angers and Lorient on August 1, 2015 at the Jean Bouin stadium in Angers, western France. AFP PHOTO / JEAN-SEBASTIEN EVRARD (Photo credit should read JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP/Getty Images)

AFP PHOTO / JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Été passé, avez-vous envisagé un départ du FCL ?

« J’ai pas forcément envisagé un départ, mais j’ai pas forcément envisagé de rester non plus. J‘attendais de voir ce qui allait se passer, parce que les gardiens, quand ça bouge, ça bouge, c’est le jeu des chaises musicales et il faut placer sa carrière avant les sentiments. Mais voilà, il s’est passé des choses, mais pas des choses qui m’auraient fait partir de Lorient, donc je suis Lorientais à 100% et c’est pour ça qu’on a très peu entendu de choses sur moi, parce que je suis pas du genre à lancer des rumeurs dans le vent. Après il y a un rôle qui m’a été donné pendant la préparation, c’est le rôle de capitaine, donc à partir de là j’avais plus aucun intérêt à quitter le club. »

Ce brassard au bras, comment le vivez-vous ?

« Alors c’est une fierté, bien évidemment, c’est plein de sentiments positifs, c’est une responsabilité importante. C’est aussi pour ça que j’essaie de faire le lien avec les supporters, parce qu’on est forcément plus pointé du doigt, que ce soit médiatiquement, dans le positif comme dans le négatif. Mais c’est pas un soucis du tout, il y a un très bon groupe, je crois énormément en ce qu’on est en train de faire, même si c’est compliqué sur le début. Et ça peut être compliqué toute l’année mais y’a un très bon groupe et tôt ou tard ça paiera forcément, ça c’est une certitude. »

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Votre nom commence à être évoqué pour l’Équipe de France. Vous y pensez ?

« J’y pense, parce que ça serait une énorme fierté, je peux même pas me rendre compte du sentiment que ça serait, mais je pense qu’aujourd’hui il doit arriver dans l’ordre, et je sais pas si c’est la chose dont je suis le plus proche. En tout cas j’essaie de faire les meilleurs matchs possibles pour aider mon équipe et si les meilleurs matchs sont vus, sont regardés, peut-être qu’un jour oui, j’aurai une pré-sélection, puis une sélection, peut-être. Mais aujourd’hui, je m’estime être encore loin des gardiens français mais je prends les choses comme elles arrivent, je travaille et on verra bien les prochaines étapes. »

Sinon, y’a-t-il un niveau auquel vous rêvez d’évoluer, un championnat ou une équipe qui vous fait rêver, où vous espérez jouer dans votre carrière ?

« Niveau championnat, tous les championnats sont attirants… le championnat espagnol, le championnat anglais, le championnat allemand, c’est des top championnats et la Ligue 1 aussi en fait partie. Donc déjà d’évoluer dans l’un de ces quatre championnats c’est déjà une grande fierté. Bien évidemment, dans une perspective, j’aimerais qu’avec Lorient on joue une compétition européenne. Est-ce qu’on en est capables cette année, je sais pas, mais il peut tellement tout se passer dans ce championnat que c’est quelque chose qu’on garde dans un coin de nos têtes. Après oui, forcément, moi individuellement j’aimerais vivre des compétitions européennes, que ce soit l’Europa ou la Champions League pour pouvoir franchir des paliers et me montrer sur la scène européenne, parce que pour moi l’Équipe de France elle ira avec tout ça. Si c’est à Lorient, tant mieux, et si ça doit être ailleurs, c’est les aléas d’une carrière, et dans ma progression je les saisirai sans hésiter. »

 

Propos recueillis par Jonito.

L’équipe Stadito tient à remercier le joueur, Benjamin Lecomte, de nous avoir accordé de son temps pour répondre à nos questions. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite de la saison.

 

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https://stadito.fr/2016/10/09/benjamin-lecomte-capitaine-tourne-avant/

Jonathan Tunik

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