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Enock Kwateng : « Un moment inoubliable, gravé dans ma mémoire »

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Stadito interroge Enock Kwateng (France U19/Nantes) : « Un moment inoubliable, gravé dans ma mémoire »

Récent champion d’Europe avec l’Équipe de France des moins de 19 ans, Enock Kwateng revient à Nantes la tête pleine de souvenirs inoubliables mais aussi d’ambitions pour la saison à venir. Le latéral droit a pleinement joué le jeu de l’interview avec Stadito et raconte sans se priver toutes les sensations qu’il a ressenti pendant la compétition, de la frustration du remplaçant à l’euphorie du vainqueur, ainsi que les détails de sa formation, de ses premiers pas et de ses objectifs avec Nantes.

– Revenons un peu sur votre parcours. Pouvez-vous nous raconter un peu comment vous êtes arrivé au football, vos années à Mantes-la-Jolie, comment vous avez été repéré par Nantes, ainsi que vos années à la Jonelière ? Comment réagissez-vous lorsque Nantes s’intéresse à vous, et par rapport au fait que vous devez quitter Mantes ?

« Le quartier dans lequel j’ai grandi respire le foot. Tout le monde y joue. Quand je sortais après l’école, c’était pour rejoindre mes amis, afin de jouer au foot. Je ne saurais même pas vous dire comment j’en suis arrivé au football, car j’y ai toujours joué. Ma mère voyant que j’aimais ce sport, a entreprit les démarches auprès du FC Mantois 78, afin que je puisse m’amuser tout en étant encadré. C’est là que tout a commencé pour moi.

Lorsque j’évoluais dans la section critérium du club, nos matchs étaient scrutés par un bon nombre de recruteurs et superviseurs. Au départ Auxerre était le premier club à manifester son intérêt à mon égard, mais également Monaco à qui j’avais donné ma préférence. Au dernier moment nous avons reçu un mail du FC Nantes, nous invitant mon père et moi à visiter les installations du club.
A notre arrivée au FC Nantes, mon père et moi sommes tout de suite tombés sous le charme. Des installations et un centre de formation au top, ainsi qu’un système sport étude qui nous semblait mieux adapté pour mon apprentissage.
C’est ainsi qu’après réflexion avec ma famille, j’ai décidé de rejoindre le FC Nantes pour y effectuer ma formation.
J’étais à la fois heureux, fier, mais également triste de devoir quitter les miens pour un environnement qui m’était alors inconnu.

Mes années à la Jonelière étaient fantastiques, il n’y a pas eu que des hauts, c’est comme tout, mais j’y ai appris énormément et fait de très belles rencontres. »

– Par la suite, vous allez très peu jouer avec le FC Nantes en Ligue 1, mais vous allez être appelé à plusieurs reprises par Michel Der Zakarian dans le groupe. Puis, le 22 décembre dernier, vous signez votre premier contrat professionnel à 18 ans, jusqu’en 2019. Comment avez vous appris cette nouvelle et qu’avez vous ressenti ?

« Je l’ai appris par mon agent Florent Vagnetti, avec qui j’échangeais presque tous les jours. J’étais extrêmement fier et soulagé de savoir que tout le travail effectué en amont et en aval, était récompensé par ce premier contrat professionnel. »

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– Puis, en début d’année 2016, le FC Nantes tire le FC Mantois, votre club d’origine, pour disputer un seizième de finale de Coupe de France. Quelle a été votre réaction quand vous avez su cela ? Et quand vous avez appris votre titularisation ? Comment vivez-vous un match pareil face à vos anciens coéquipiers ?

« Avant même le tirage au sort, j’avais cette sensation qu’on tomberait face au FC Mantois, du coup c’était une demie-surprise pour moi. J’ai tout de suite échangé avec mon grand frère et mes amis à Mantes-la-Jolie, histoire de se chambrer un peu.

Je voulais absolument faire parti du groupe pour ce match, mais sincèrement je ne m’attendais vraiment pas à jouer toute la rencontre. J’étais tellement heureux du cadeau que me faisait le club mais également déterminé à les remercier sur le terrain, par une bonne performance de ma part.

Quand j’ai appris ma titularisation, j’étais à la fois super heureux mais également déterminé, car j’avais peu d’expérience au haut niveau. Je savais pertinemment que ce genre de match pouvait être « casse pipe », ce qui l’a été au final vu comment nous avons galéré face à cette très belle équipe de Mantes. »

CZM0KxsWYAEomS-Enock Kwateng répond au questions des journalistes, après la qualification de Nantes face à Mantes (1-0).

– En parallèle avec votre carrière à Nantes, vous honorez votre première sélection en Équipe de France lors d’un match d’Aegean Cup en 2013, face à la Turquie, en finale. Vous marquez d’ailleurs un but pour égaliser à un partout. Quelle a été votre sensation de jouer et de marquer pour votre pays, à 15 ans ?

« Quand on est sélectionné en Équipe de France, on passe par tous les états mais le sentiment numéro 1, est la fierté. Figurer parmi la crème de la crème, afin de représenter son pays, est très gratifiant. Gagner des trophées encore plus et marquer en finale, c’était la cerise sur le gâteau ! »

– Vous intégrez pour la première fois le groupe professionnel en août 2015. Puis vous foulez les pelouses de Ligue 1 pour la première fois de votre carrière, le 15 août dernier, face à Angers. Vous ne jouez qu’un dizaine de minutes, mais c’est déjà un grand moment pour vous. Pouvez-vous nous décrire vos sentiments à votre entrée, et après le match ?

« Au départ il n’était pas prévu que je rentre en jeu. Il restait une dizaine de minutes quand Olivier Veigneau s’est blessé, et là, coach Der Zakarian a fait appel à moi pour le remplacer.

Mon premier sentiment à ce moment là était la peur, car je n’étais pas échauffé et la pression était énorme ! Mais au fur et à mesure, je me suis décrispé et à partir de ce moment là j’y suis allé à 200%, sauvant une action de but sur un tacle dans la surface… Autant vous dire que j’ai eu super chaud (rire).

Après le match, j’ai mis du temps à réaliser que je venais d’effectuer mes premières minutes en Ligue 1. Mais je me souviendrais toujours du moment où j’ai récupéré mon téléphone et là, j’ai vu plus de 3000 notifications, messages, posts, appels… J’étais super heureux et je tiens à remercier nos supporters qui sont tout simplement géniaux ! »

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– Au début du mois de juillet, vous apprenez que vous êtes convoqué par Ludovic Batelli pour l’Euro U19, avec deux autres Nantais, Amine Harit et Quentin Braat. La France, sans vous, rate son entrée en jeu face à l’Angleterre, perdant 2-1. Comment était l’état d’esprit du groupe à la suite de ce match ? Quelles ont été les clés pour rebondir ?

« Nous avons effectué la pire entame de match de notre jeune carrière, mais nous n’avons pas douté, car nous étions conscients de nos qualités et malgré le début de match, tout n’était pas à jeter. Coach Batelli a trouvé les mots justes, pour nous remobiliser et nous permettre de jouer bien plus relâchés face à la Croatie. »

– Après avoir vu depuis le banc vos coéquipiers retrouver la victoire contre la Croatie (2-0), vous êtes titularisé pour la large victoire contre les Pays-Bas (5-1). Y étiez-vous préparé ? Avez-vous senti beaucoup de pression ?

« Oui j’étais prêt ! J’attendais cette compétition depuis 2 ans. J’avais raté les 2 premiers matchs, il était hors de question pour moi de ne pas être prêt.

Il y avait de la pression, c’est indéniable, car nous avions une obligation de résultat, mais la détermination a pris le dessus sur le stress. »

– La France se qualifie ainsi pour la demi-finale, face au Portugal, récent champion d’Europe. Ressentiez-vous dans le groupe une forme de « devoir » de venger vos aînés ? Sur le plan personnel, vous entrez en jeu à la 80e minute, regrettez-vous de ne pas avoir pu plus jouer dans ce match ?

« Nous avions à cœur de gagner contre cette équipe du Portugal, déjà vainqueur de la compétition avec les A mais également avec les U17.
Mais on ne va pas se mentir, « venger » nos aînés était dans un coin de nos têtes !

Tout compétiteur ne doit pas se contenter de bout de match, donc oui je regrette de ne pas avoir joué plus, mais c’est le football. Je l’ai pris comme un challenge et non comme une punition. »

– Surtout, regrettez-vous de ne pas avoir pris part à la finale ? Quelles émotions avez-vous vécu durant et à la fin de cette finale ?

« C’est l’un de mes plus gros regrets, mais c’est le football.

L’engouement et l’euphorie autour de cette finale était incroyable. Ma famille, mes amis, ont fait le déplacement en voiture. Ceux qui n’ont pas pu l’ont suivit à la TV, afin de nous supporter, c’était incroyable ! Très peu d’entre nous avaient déjà eu la chance de jouer devant plus de 25 000 personnes, dans un stade magnifique. Nous étions déterminé à produire du spectacle et remporter cette finale, ce que nous avons très bien fait.

À la fin du match, comme vous avez pu le voir, c’était la communion avec nos supporters et nos familles. Un moment inoubliable, gravé dans ma mémoire. »

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– Au final, l’Équipe de France a signé des succès très faciles face aux Pays-Bas, au Portugal et à l’Italie. Vous attendiez-vous à « marcher » à ce point sur l’Euro ?

« Comme je l’ai dit précédemment, nous étions conscients de nos qualités et avions déjà joué contre l’Italie et les Pays-Bas, durant les 2 ans de préparation, donc nous étions bien placés pour savoir qu’il n’y avait aucun adversaire qui n’était pas à notre portée. Mais on ne s’attendait vraiment pas à « marcher » sur l’Euro. »

– Quels sont les joueurs qui vous ont le plus impressionné dans cette Équipe de France au fort potentiel ? Avec toutes les superbes performances offensives, pensez-vous qu’on a trouvé les futures stars de l’attaque française ?

« Toute l’équipe a été impressionnante ! Mais c’est vrai que les quatre de devant (Mbappe, Augustin, Blas, Harit) ont réalisé un Euro de haute volée !

S’ils seront les futures stars de l’attaque française ? Je ne sais pas, car le foot va très vite. Surtout quand on voit les générations précédentes qui ont gagné l’Euro, peu sont parvenus jusqu’aux A. À nous de faire mentir ces statistiques, en continuant à travailler dur et surtout en faisant les bons choix. »

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– Sur le plan personnel, comment jugez-vous votre Euro ? Vous auriez d’ailleurs pu plus jouer si Clément Michelin, qui était presque inconnu avant le début de la compétition, ne vous était passé devant à quelques mois de l’Euro. Comment se déroulait la concurrence entre vous deux ?

« J’ai peu joué donc forcément je suis déçu, mais je ne pense pas avoir été mauvais quand le coach a fait appel à moi durant cet Euro.

J’étais suspendu au premier match, Clément a eu une opportunité et a saisi sa chance. C’est le football, il n’y a aucune animosité entre nous, au contraire on est potes. On s’entend tous très bien dans cette Équipe de France, c’est notre force ! »

– Avez-vous eu le temps de fêter ce titre ? Comment ?

« À l’issue du match et après la communion avec le public, nous sommes retourné à l’hôtel en compagnie de nos proches, pour y dîner et fêter le titre avec Jean-Kévin Augustin comme DJ (rire). Le lendemain nous sommes retournés sur Nantes (avec Quentin Braat et Amine Harit) afin de rejoindre le groupe en pleine préparation. »

– La compétition se déroulait en Allemagne. Ressentiez-vous une certaine ferveur autour de l’équipe ? Avez-vous rencontré des supporters français qui venaient vous voir ? Comment était l’ambiance, la ferveur en général ?

« Entre ceux qui ont fait le déplacement, les messages d’encouragements de l’équipe de France A et des supporters français, l’ambiance était incroyable ! Lors de la finale, il y avait bien plus de supporters italiens que français, mais on entendait que les français ! On s’est sentit soutenus et ça nous a complètement transcendé.

Nous avons essayé d’être le plus proche possible des supporters, par le biais de nos réseaux sociaux respectifs ou en allant voir les courageux qui ont fait le déplacement. Je tiens une nouvelle fois à tous vous remercier ! »

– Sur un plan personnel, qu’attendez vous de la saison à venir ? Comment avez-vous vécu l’arrivée du nouveau coach, René Girard, et de nouveaux joueurs dans l’effectif ?

« Juste avant notre départ pour l’Euro, je me suis entretenu avec Coach Girard, qui m’a tout de suite mis dans les bonnes conditions, en me répétant qu’il comptait sur moi cette saison.

Je trouve le recrutement de très bonne qualité, et le coach ainsi que son staff, font tout pour nous mettre à l’aise, afin d’appréhender la saison à venir de la meilleure manière.

Sur le plan personnel, j’espère tout simplement jouer plus que la saison dernière, afin d’aider l’équipe à réaliser une bonne saison, d’engranger un maximum d’expérience au haut niveau et me préparer au mieux pour le mondial U20. »

2Enock Kwateng, Amine Harit et Quentin Braat salués par Michel Tronson, vice-président de la Ligue de Football Amateur, après leur titre de champions d’Europe, avant le match amical FC Nantes – Athletic Bilbao.

– Suite à ce triomphe, comment voyez-vous votre avenir ? Pensez-vous que cela va vous faire monter dans la hiérarchie à Nantes ? Cependant, par le passé, on a vu des joueurs qui se démarquaient en Équipe de France jeune avant de « couler ». Craigniez-vous cela ?

« Comme l’a déjà dit le coach, nous allons commencer la saison avec deux latéraux à droite, à savoir Léo (Dubois) et moi. Ce qui me permet déjà de monter dans la hiérarchie, car je n’étais que troisième l’an dernier.

Je ne veux griller aucune étape, j’ai encore énormément de progrès à faire et notre titre de champion d’Europe n’y change rien. Je prendrais le temps de jeu que m’accordera le coach, afin de progresser et lui rendre la confiance qu’il a envers moi. »

– Pour finir, quels conseils donneriez-vous à un jeune qui rêverait de devenir footballeur professionnel ?

« Je dis souvent à ceux qui me demandent des conseils sur ma page Facebook, que le travail et les choix sont cruciaux pour percer. Et pour faire les bons choix, il faut être bien entouré.

J’ai la chance d’être entouré de très bonnes personnes qui ont su me tirer les oreilles quand je déviais un peu de la trajectoire de par mon jeune âge et qui m’ont tiré vers le haut. Je ne les remercierais jamais assez et pour eux, je me dois de donner mon maximum à chaque fois que je joue. »

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L’Équipe Stadito remercie Enock Kwateng pour sa disponibilité et sa gentillesse et lui souhaite une bonne saison 2016-2017 avec le FC Nantes.

Propos recueillis par Pierre Hamon.

Pierre Hamon
Supporter inconditionnel du FC Nantes. Rédacteur sur Stadito depuis avril 2015.

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