GAËTAN PERRIN, LA RELÈVE DISCRÈTE DE L’INSTITUTION OL

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GAËTAN PERRIN, LA RELÈVE DISCRÈTE DE L’INSTITUTION OL

Il y a quelques semaines, le soldat Perrin était encore inconnu au bataillon. Mais après 11 ans de formation au bord du Rhône, il vient de réussir ses premiers faits d’armes avec le bataillon professionnel de l’Olympique Lyonnais, à qui il a déjà offert une précieuse victoire. Stadito vous présente Gaëtan Perrin, jeune soldat progressivement et régulièrement monté en grade dans l’institution lyonnaise à force de travail rigoureux, et qui veut maintenant s’établir dans la hiérarchie pour devenir l’une des armes offensives principales de l’OL, qui défend grâce à lui toujours aussi bien ses nouvelles terres depuis l’arrivée du Général Génésio.

► SA FICHE

Nom : Perrin
Prénom : Gaëtan
Club : Olympique Lyonnais
Date de naissance : 7 juin 1996 (19 ans)
Lieu de naissance : Lyon
Nationalité : Française
Sélection : Aucune
Poste : Milieu droit / Milieu offensif / Avant-centre
Numéro : 22

► UNE JEUNESSE TRANQUILLE

Même si Gaëtan Perrin, soudainement poussé sous le feu des projecteurs en tant que sauveur lyonnais face à Nantes, a ouvertement affiché une joie qui semblait tenir autant de la surprise que de la satisfaction d’un travail pas encore achevé, il a tenu tête à ces caméras qui le dévisageaient pour une des premières fois grâce à un savant mélange d’humilité, de bonheur et de détermination, le tout sans jamais se détacher de cette toile de fond qu’est la tranquillité du garçon. Pour comprendre un peu mieux ce jeune personnage qui ne s’affiche pas, un petit regard en arrière sur son parcours s’impose.

Né à Lyon, le jeune Gaëtan grandit à Saint-Quentin-Fallavier, village tranquille de cinq mille âmes à une vingtaine de kilomètres de sa ville natale. C’est dans cette commune d’Isère qu’il découvre le football et ses sensations qu’il aime tant, en jouant pour le club local, l’OSQ Football, où a notamment débuté le défenseur Jérémie Bréchet, ancien de l’Inter et de l’Olympique Lyonnais. Lyon, justement, sera forcément régulièrement présent dans la tête juvénile de Perrin : dans le championnat régional, alors qu’il est en poussin première année, son club de l’OSQ talonne les jeunes Gones. Cependant, le jour du grand choc du haut du tableau, Saint-Quentin coule et en encaisse neuf. Heureusement, Perrin, avec déjà ses velléités offensives, inscrit un doublé qui sauve l’honneur et attire le regard des entraîneurs adverses. Lyon lui propose logiquement un entraînement chez eux, avant de l’attirer pleinement chez eux à la fin de la saison.
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Un tournant de la carrière vécu sans arrière pensée, « je ne m’étais pas pris la tête » comme il témoigne avec son humble tranquillité. Une arrivée rendue simple grâce à une intégration bien effectuée par les jeunes lyonnais, dont les noms évoquent tous quelques choses aux suiveurs de l’OL. Aldo Kalulu, qui « était venu (le) voir, (l’)avait mis à l’aise tout de suite », mais aussi Maxime d’Arpino et Dylan Mboumbouni, avec qui il a « beaucoup de bons souvenirs quand (ils étaient) petits » et avec qui il se réjouit d’avoir gardé une proximité fraternelle pendant 11 ans. Car en effet, 11 ans plus tard, cette fameuse génération ’96 dont Jean-Michel Aulas est si fier est arrivée à maturité, après bien des années de souvenir collectifs. Aldo Kalulu se souvient d’ailleurs d’un souvenir cocasse qui prend tous son sens aujourd’hui, devenant presque métaphorique. « On devait avoir 7 ou 8 ans, pas plus, se souvient l’attaquant. Gaëtan Perrin nous avait invités, moi et Maxime, un week-end à Saint-Quentin-Fallavier, là où il habitait. Le samedi soir, il y avait la fête du village. On y était allés et on s’était rendus compte qu’il était vraiment la star du village. On avait été choqués. Toutes les filles lui couraient après et il était tout timide ». Ainsi, à 8 ans, bien avant les caméras et les micros des journalistes, Gaëtan imposait sa tranquillité comme arme redoutable pour faire face à la demande populaire.

► LA FORMATION LYONNAISE

Sur le terrain, toujours entouré de ses amis, il suit une progression toujours aussi tranquille mais pas dénuée de souvenirs, plus ou moins victorieux. Les années passent, et, pas toujours le plus talentueux, Perrin se taille sa place à force de travail dans le côté droit, entouré par ses potes Aldo Kalulu, toujours titulaire en pointe, Maxime D’Arpino et Dylan Mboumbouni qui font relativement bien tête à la concurrence au milieu et en défense, le tout dans un effectif bien étoffé mené par le capitaine Samuel Moutoussamy. Les succès sont souvent au résultat pour les jeunes pousses lyonnaises habituées aux scores fleuves, et c’est donc dans le climat parfait d’amitié, d’avenir et de victoire que progresse Perrin.
La saison 2012-2013, jouée en U17 sous les ordres d’Armand Garrido pour le groupe ’96, se termine sur une deuxième place à 3 points de Sochaux, alors que la promotion en U19 la saison suivante donne lieu à une 5ème place, à seulement 2 points du podium. Dirigés par l’ancien joueur lyonnais Joël Fréchet, ils vivent leur première déception en Gambardella, dès leur entrée en lice contre Auxerre, parvenant tout juste aux tirs au but malgré des réalisations de Perrin et Kalulu (2-2). Perrin finit cependant par se faire expulser juste avant la séance décisive, fatale aux Gones. Il apprend, cependant, de ses déceptions, et il apprend de ses erreurs pour progresser. Il découvre la réserve en février, et y retourne de plus en plus régulièrement, faisant 8 apparition lors de la phase retour de la saison.
La saison suivante poursuit dans cette lignée d’alternance entre CFA et U19, avec bien sûr une implication plus axée sur la réserve, ne rechignant pas à venir en aide aux espoirs qui jouent le haut du tableau en championnat – avant de finir deuxième derrière Toulouse – mais réalisent également un beau parcours en Gambardella, notamment grâce à Maxwell Cornet qui vient apporter du renfort en inscrivant un triplé en 16èmes de finale. En huitièmes, place à un derby à enjeu face aux Verts de Saint-Étienne, qui aligne notamment les prometteurs Allan Saint-Maximin ou Jonathan Bamba. Kalulu, D’arpino et Mboumbouni sont tous titulaires, mais Perrin commence sur le banc. À la mi-temps, l’OL perd 1-0 malgré un penalty arrêté, puis concède le 2-0 sur un nouveau penalty à la 51e, juste après l’entrée en jeu de Perrin. La mentalité très offensive des Lyonnais facilite sa tâche, et il le rend bien à un quart d’heure de la fin lorsque sa frappe, contrée par une main stéphanoise, provoque un penalty qui sera transformé par son compère Aldo Kalulu. Grâce à un but dans les dernières minutes et une séance victorieuse de tirs au but, le groupe peut exulter. Ils sont allés chercher une victoire orgueilleuse qui leur ouvre les portes des quarts, le tout dans un état d’esprit collectif irréprochable, devant un public de Gerland totalement acquis à leur cause. Gaëtan raconte sur le site de l’Olympique Lyonnais ce qu’il considère comme le meilleur souvenir de ses années de formation : « Le scénario et le final étaient fous. C’est une victoire à l’arrachée aux tirs au but, devant beaucoup de supporters et dans un derby ! C’est quelque chose ! Le groupe était soudé. C’est un souvenir marquant. » Malheureusement, son pire souvenir suit de peu. Après avoir battu Lille en quarts grâce à Cornet et Kalulu, puis écarté Rennes demies sur une réalisation de ce même Cornet avec Perrin titulaire, la grande finale face à Sochaux ne tourne pas du tout comme prévu, Lyon perd 2-0 à la mi-temps et n’a pas la force de caractère pour revenir. « Ça m’avait vraiment touché, se rappelle le jeune lyonnais aligné à droite dans un 4-2-3-1 face à Marcus Thuram et les Sochaliens. C’était une grosse déception après tant d’efforts. Mais je sais que ce moment me fera grandir. »

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► 2015-2016 : LA SORTIE DE L’ANONYMAT

Heureusement, la saison est plus réussie pour les professionnels, qui accrochent la deuxième place synonyme de Champions League. Synonyme également, pour les U19, de Youth League, où ils affrontent les équipes réserve des adversaires de Lyon. Perrin, qui s’intègre peu à peu en équipe réserve, avec qui il a marqué ses premiers buts début 2015, ne participe pas aux trois premières rencontres. Il vit un début de saison creux, ayant « de la peine à (s’)imposer dans les milieu en losange ». Cependant, alors que son pote Kalulu entend résonner le célèbre hymne de la C1 depuis le banc de Gerland, une place se libère au front de l’attaque des U19. Joël Fréchet fait le pari de lui offrir le poste de 9 pour le match de Youth League face au Zénith. Lyon déroule, ouvrant le score dès le coup d’envoi. 25 minutes plus tard, Perrin ouvre son compteur international, remportant un face à face avec le gardien. D’ici là mi-temps, il provoque un penalty puis signe une passe décisive après une contre-attaque bien menée. S’offrant même un doublé pour porter le score à 6-0 en fin de match, il s’auto-attribue ainsi une place de titulaire en pointe de l’attaque. « C’est un moment charnière de ma saison, ça a été un coup de booster, même un déclic, explique-t-il. Ça m’a mis en confiance à ce poste ». D’autant plus que lors du match suivant, toujours à domicile, face aux jeunes de la Gantoise, il prend le temps de signer et nouveau doublé assorti d’une passe décisive avant de sortir, alors que le score est de 4-0 pour les Gones. Il n’en perd pas sa modestie pour autant, primant toujours le résultat de l’équipe en interview d’après-match : « Collectivement, on a fait un très bon match. On est contents de notre prestation et de cette qualification. On va jouer une finale à Valence pour la première place. Un nul suffit mais il n’y aura pas de calcul à faire. On va y aller pour gagner. Je suis satisfait de mon match. Mais c’est surtout le résultat de toute une équipe, un groupe qui vit bien. Je peux marquer aussi grâce à eux. Je suis bien entouré ». Même s’il reste muet à Valence, où il manque un penalty mais Lyon se qualifie sur le score de 1-1, et contre l’Ajax en huitièmes, où l’OL est éliminé, il aura marqué cette compétition dont il garde un souvenir très positif et instructif. « On se mesure à des équipes au top dans leur pays. On découvre d’autres cultures. Ce sont des belles affiches. Ça s’est bien passé sur le plan personnel et collectif » jugeait-il pendant la trêve hivernale. Mais avant de concéder une défaite 3-0 face aux U19 du « Toekomst », le « futur » en néerlandais, renommé centre de formation de l’Ajax, Gaëtan vit de près un instant historique. Nous sommes fin 2016, le club rhodanien vit alors une période où se multiplient les blessures des différents atouts offensifs. Comme toujours dans ces situations, le staff professionnel se tourne vers le centre de formation de Tola Vologe pour pourvoir à ses besoins. Ayant montré sa détermination à travers un travail permanent avec les U19, la réserve ou les professionnels, se sentant « de mieux en mieux » depuis son premier match de Youth League, Gaëtan est l’heureux élu : il reçoit l’honneur de figurer pour la première fois sur la feuille de match lors de la rencontre de Coupe de la Ligue face à Tours, affiche aux airs peu alléchants, mais rendue historique puisque ce sont de les derniers instants de Lyon à Gerland. « C’est une bonne expérience, se réjouit-il. Je donnais le meilleur de moi-même lors des entraînements avec les pros. Avec le nombre de blessés, il y avait de la place à prendre. Quand j’ai eu la chance d’être convoqué… ça fait quelque chose. Ça donne des frissons d’être sur le banc. C’était un rêve, devenu un objectif, que j’atteignais. Mais ce n’est que le début, il faut enchaîner, rester en haut. On apprend au quotidien au contact des Pros. On se rend compte de la rigueur sur et en dehors des terrains, qu’il faut venir plus tôt, avoir une bonne hygiène de vie, être sérieux dans le travail invisible… C’est une autre exigence ».
Même s’il n’entre pas en jeu à Gerland, ses premiers pas d’intégration et sa rigueur pour pousser définitivement les lourdes portes du groupe professionnel qu’il entrevoit déjà convainquent les dirigeants lyonnais de lui offrir, mi-janvier, soit un mois après sa première apparition, son premier contrat professionnel, pour une durée de 3 ans. Encore une fois, il affiche une grande satisfaction mais ne fait pas d’excès, se projetant toujours sur de nouveaux objectifs pour progresser. « C’est un grand moment pour moi et ma famille, exulte-t-il C’est un aboutissement. Je suis très heureux. C’est un grand honneur de signer à l’OL. C’est le club qui m’a formé et qui m’a fait vibrer quand j’étais plus jeune. Ce n’est que le début de belles choses j’espère. »
Et effectivement, Gaëtan ne Perrin… Euh ne perd rien pour attendre : un mois plus tard, le 14 février, il se voit offrir un beau cadeau par son club de cœur : alors que Lyon gagne 4-1 dans son tout neuf Parc OL face à Caen, Bruno Génésio sort Alexandre Lacazette pour lui offrir ses premières minutes de jeu. 2 minutes pour fouler la pelouse, tenter une première fois de déborder la défense caennaise et surtout prendre ses marques dans un groupe qui l’accueille bras ouverts. Il réapparaît à 20 minutes de la fin du match à Lille, puis passe 3 journées consécutives sur le banc. Le cap suivant, comme toujours avec lui, est franchi au milieu du mois. Effectivement, presque exactement 3 mois après sa première apparition sur le banc, 2 mois après la signature de son premier contrat professionnel et un mois après son premier match, Gaëtan Perrin inscrit son premier but. Une progression exemplaire pour celui qui affirmait que le plus dur serait d’être régulier.


Il a tout pour être satisfait puisque son but prend une importance cruciale pour son équipe, aspect qu’il préconise toujours, quelle que soit sa performance personnelle. En effet, lors d’un match décisif pour la course à là Champions League, les Canaris, qui peuvent dépasser l’OL au classement, font le nécessaire pour être la première équipe visiteuse à ne pas perdre au Parc OL. Perrin ne devait pas figurer sur la feuille de match, mais fait office d’invité surprise site au forfait de Mathieu Valbuena. C’est dans une opposition où les deux équipes poussent pour la victoire que Perrin entre en jeu à la place de Sergi Darder, à la 82e minute. Une vingtaine de secondes plus tard, il voit Ghezzal se lancer dans une série de dribbles, se replace, voit le tir de l’ailier droit repoussé par Riou, élève son tout petit gabarit et propulse le ballon au fond des filets. 32 secondes pour un but qui rétablit Lyon sur le podium et restera à jamais dans la mémoire de Gaëtan, propulsé star d’un soir. Sauveur des Gones, il apparaît rayonnant devant des caméras qui le regardent attentivement pour la première fois. Ainsi, Jean-Michel Aulas, qui se félicite de voir un joueur « plus petit que (lui) et qui marque de la tête » et raconte l’avoir vu danser dans le vestiaire. Effectivement, si heureux d’avoir pu offrir cette délivrance à son équipe, Perrin se lâche et se prête au jeu suggéré par ses coéquipiers, qui l’ont bien intégré. Un groupe, qui apparaît comme une famille pour ce garçon qui, comme le met en avant Aulas, symbolise en lui-même le projet de formation lyonnais, et un groupe qui sera encore mis en avant par le joueur exultant. Même « sur son petit nuage », comme il le dit lui-même, il veille à ne pas surestimer l’impact de ce but pour sa carrière, et préfère penser à l’impact qu’il a apporté à son équipe. Une aide appréciée par tous ses coéquipiers, à l’image d’Alexandre Lacazette et Rachid Ghezzal qui le félicitent pour son arrivée sérieuse et productive.

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Alors, certes, Gaëtan Perrin a joui des blessures. Certes, Gaëtan Perrin perdra sa place aux retours de Valbuena, Fekir et autres joueurs offensifs. Certes, l’intégration dans le groupe professionnel est facilitée pour les Lyonnais à l’OL. Certes, le faible de Jean-Michel Aulas pour la génération ’96 est connu de tous. Certes, Bruno Génésio l’a mis en garde contre la soudaine pression médiatique qui sera un test pour lui. Certes, il sera dur de continuer à progresser et à vivre sa première titularisation.
Mais pourtant, avec sa tranquillité et surtout son travail, il ne serait pas surprenant de voir, sur le long terme, Gaëtan Perrin se faire une place dans un groupe qui, au final, l’intègre parce qu’il le mérite. Il est dur de dire si Perrin apparaîtra là prochaines semaines. Mais, au vu du caractère ambitieux et travailleur du soldat, il serait surprenant de ne pas le voir, dans quelques années, mener l’armada lyonnaise dans de nombreuses batailles, aux côtés de ses compagnons de toujours, qui devraient eux aussi signer professionnels d’ici la fin de la saison. Pour le moment, le soldat Perrin peut fièrement arborer sa première médaille du mérite.

Rédigé par Jonito – Rédacteur Stadito

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