STADITO INTERROGE… Eugénie Le Sommer

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STADITO INTERROGE… Eugénie Le Sommer

Dans le monde du football féminin où la notoriété est dure à atteindre, certaines ont réussi à franchir les obstacles de la médiatisation. Eugénie Le Sommer en est un bon exemple, ayant tout gagné pour devenir une ambassadrice de la France dans ce monde dominé par les Américaines : à 26 ans, son palmarès, on ne peut plus complet, est garni de cinq titres de D1, de quatre Coupe de France, mais surtout de deux Ligue des Champions. Sur le plan personnel, elle fut élue par deux fois meilleure joueuse du Championnat, a déjà fini meilleur buteuse de Division 1 et de Ligue des Champions, mais vient surtout d’être nommée dans le premier FIFPro World XI féminin, confirmant si besoin il y avait qu’elle est l’une des dix meilleures joueuses au monde actuellement. Elle a accordé une interview à Stadito, où elle retrace sa carrière glorieuse ainsi que l’évolution du football féminin, nous parlant aussi d’un avenir loin des terrains de D1.

 

Team Stadito : Durant votre formation, vous avez déjà remporté vos premiers titres. Il y la Coupe nationale des moins de 16 ans en 2004 avec la Bretagne et la Coupe fédérale des moins de 16 ans en 2005 avec le FC Lorient. En gardez-vous de bons souvenirs ? Rêviez-vous déjà d’autres titres ?

Eugénie Le Sommer : « Oui j’en garde un très bon souvenir, de belles émotions, ce sont mes premiers titres nationaux dans les deux meilleures compétitions de cette catégorie d’âge. A cet âge là, c’est ce qui se fait de mieux, donc oui je rêvais à l’époque de pouvoir un jour gagner ces mêmes compétitions mais de la catégorie séniore. »

TS : C’est après votre passage au FC Lorient que vous allez débuter votre carrière en Première Division Féminine. Vous rejoignez ainsi le Stade Briochin en 2007. Vous souvenez-vous précisément de votre tout premier match dans cette division ? Comment l’avez-vous vécu de l’intérieur ?
ELS : « Oui je m’en souviens bien, nous avions perdu et je n’avais pas fait un bon match. Il m’a fallu du temps pour m’adapter au niveau de la D1 car il y avait un fossé avec le championnat de DH dans lequel je jouais auparavant. »
TS : Vous connaissez désormais la D1 de fond en large pour y avoir évolué pendant 9 ans. Qu’en pensez-vous ? A-t-elle un niveau suffisant pour être considéré comme un des meilleurs championnats féminin ?
ELS : « Non je ne pense pas que l’on peut dire que c’est le meilleur championnat. Il y a 4 voire 5 équipes qui se détache mais le reste des équipes ne peut pas rivaliser avec le haut du classement. Pour que ce soit le meilleur championnat, il faudrait que les clubs investissent un peu plus et que le championnat devienne au moins semi-professionnel afin que cet écart entre le haut de tableau et le bas de tableau se resserre. »
TS : Dans la Première Division Française, deux clubs sont au premier plan : l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain. Est-ce que dans un futur proche on peut espérer un championnat plus resserré ? Quelle est votre vision sur le duel que se livre ces deux équipes ?
ELS : « Oui, je pense que le championnat va encore se resserrer avec le temps, on le voit déjà cette année avec Montpellier qui s’est invité dans la course au titre. Les clubs se structurent et le nombre de contrats fédéraux augmentent. Il est important que les joueuses des autres clubs puissent s’entrainer dans de bonnes conditions. Je pense que le duel entre le PSG et l’OL n’est pas près de se terminer, les deux équipes se battront pour le titre dans les prochaines années. Le PSG commence à investir comme avec les garçons et leurs moyens sont importants. »
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TS : Pensez-vous que la situation d’intouchable du Paris Saint-Germain en Ligue 1 est comparable avec celle de l’Olympique Lyonnais en D1 Féminine ?
ELS : « Non je ne pense pas. On le voit cette année même si nous sommes 1ères, le championnat est serré pour les 3 premières places. Montpellier et Paris ont fait match nul contre nous, cela montre que nous ne sommes pas intouchables. »
TS : Comment voyez-vous la montée en puissance du Paris Saint-Germain en D1 ? Craignez-vous que l’investissement des Qataris vienne mettre un terme à votre règne ou est-ce une concurrence positive ?
ELS : « Je pense que c’est une concurrence positive. Cela oblige l’OL à ne pas se reposer sur ses lauriers et pour nous les joueuses à nous surpasser à chaque match car le titre peut se jouer sur un match perdu ! »
TS : L’année dernière, en Ligue des Champions, le PSG a été en finale et à perdu face à Francfort. Paris vous avait éliminé en huitième de finale. Comment avez vous vécu la suite de la compétition? Souteniez vous Paris qui pouvais alors être un deuxième club français, après vous, a gagner l’UEFA Women Champions League ?
ELS : « Je soutenais bien sûr le PSG car c’est une Equipe Française et cela aurait encore plus aidé le football féminin en France. Mais d’un autre côté cela me rappelait notre élimination et la déception liée à celle-ci. »
 TS : Justement, aujourd’hui vous êtes un peu l’égal de l’OM masculin à l’échelle européenne car vous êtes le seul et unique club français à avoir remporté la LDC. Comment le club ressent cela ?
ELS : « Nous sommes très fières de ça ! Le président aussi, il répète souvent que pour l’instant nous sommes les seules à l’avoir fait. Nous avons marqué l’histoire. C’est aussi une énorme satisfaction car nous l’avons fait deux années de suite. »
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TS : Vous avez remporté la Ligue des Champions par deux fois, lors de vos deux premières saisons à l’Olympique Lyonnais. Laquelle de ces deux finales a été la plus belle ?
ELS : « Difficile de choisir, les deux finales furent belles ! La 1ère a été belle car nous n’étions pas favorites, ce fut également le premier titre européen d’un club français et l’émotion fut donc énorme. La 2ème est aussi un beau souvenir car j’ai inscrit le 1er but sur penalty face à Francfort en Allemagne devant 50 000 Allemands qui sifflaient juste avant que je tire. »
TS : Vous avez été à la fois meilleure buteuse en Championnat et en Ligue des Champions. Quelle est la plus belle récompense entre les deux ?
ELS : « Il n’y a pas de récompense pour les titres de meilleure buteuse, mais je pense que le fait d’être meilleurs buteuse de Ligue des Champions est une belle satisfaction. »
TS : Envisagez-vous, un jour, de quitter l’Olympique Lyonnais ? Si oui, quelle serait votre destination favorite ? Y a-t-il un championnat qui vous fait rêver, où vous sentez que vous devriez évoluer d’ici la fin de votre carrière ?
ELS : « J’aimerai un jour évoluer à l’étranger pour découvrir un autre pays, un autre championnat, une autre langue et une nouvelle culture. J’aime beaucoup les Etats-Unis, qui est l’un des meilleurs championnats avec une grosse ferveur populaire. »
TS : Vous avez donc tout remporté. Vous reste-t-il pour autant des objectifs ?
ELS : « J’ai tout gagné en club avec l’OL mais gagner à nouveau la Ligue des Champions reste un énorme objectif. Il me manque également un titre majeur avec l’Equipe de France ! »
TS : Grâce à vos bonnes performances qui sont régulières, vous avez intégrer l’Équipe de France Féminine en 2009. Est-ce un rêve réalisé ?
ELS : « Bien sûr ! Lorsque j’ai commencé le foot je regardais les matches a la télévision mais toujours les garçons car à ce moment-là, les filles n’étaient pas diffusées. Lorsque j’ai su que l’équipe de France féminine existait, j’ai commencé à rêver du maillot bleu, je devais avoir 12 ans. Je peux dire maintenant que j’ai réalisé un de mes rêves ! »
TS : L’année dernière, avec l’Équipe de France Féminine, vous avez disputé la Coupe du Monde. De gros espoirs étaient placés en vous. Quel souvenir garderez-vous de cette compétition ?
ELS : « Forcément je garde un mauvais souvenir, la déception lors du ¼ de finale prend le dessus sur tout le reste. Nous voulions faire mieux qu’en 2011, malheureusement le tirage fait nous fait rencontrer l’Allemagne trop tôt dans la compétition. Nous ne méritions pas de perdre au vu de la physionomie du match mais c’est le football ! »
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TS : Vous faites aujourd’hui partie des cadres, que ce soit en club ou en sélection. Que conseillez-vous aux jeunes joueuses qui arrivent ?
ELS : « Je leur conseillerai de travailler, travailler et travailler. Le talent ne suffit pas, le haut niveau se joue sur des détails. Il faut aussi écouter les conseils des plus anciennes et savoir faire preuve de respect. »
TS : Jusqu’à ce jour, quel a été le plus beau match que vous ayez joué ?
ELS : « C’est difficile de citer un seul match ! Il y a eu tout d’abord ma première finale de Ligue des Champions, c’était ma première saison à l’OL, je suis rentrée en cours de match et je réalise une passe décisive sur notre deuxième but. La joie à la fin du match était immense. Un autre beau match fut le ¼ de finale de Coupe du Monde en 2011 contre l’Angleterre, nous avons gagné lors de la séance de tirs au but, il y avait beaucoup de stress et de joies puisque nous avions gagné, nous étions en ½ finale et également qualifiées pour les Jeux Olympiques pour la première fois de l’histoire. Puis il y a eu le match à Lorient avec l’Equipe de France en Février 2015, contre les Etats-Unis. Non seulement c’était la première fois que nous battions les Etats-Unis mais en plus j’ai inscrit le 1er but, et cela se déroulait dans ma ville (Lorient), devant toute ma famille et mes amis. Un beau souvenir ! »
TS : Le football féminin est de plus en plus médiatisé aujourd’hui. Comment le vivez-vous, en tant qu’actrice majeur du football féminin français ?
ELS : « J’ai pu voir évoluer la médiatisation du football féminin, il est vrai qu’aujourd’hui nous sommes beaucoup plus diffusées mais il faut continuer sur cette voie. Je pense que l’on peut encore s’améliorer surtout dans le championnat de France. Il faut que les clubs de D1 investissent encore plus pour pouvoir avoir au moins un championnat semi-professionnel, que les joueuses de D1 puissent s’entrainer dans de meilleures conditions (que ce soit les horaires d’entrainement, les terrains, le staff médical ou encore la rémunération) pour que le niveau du championnat augmente. »
TS : Quand vous avez débuté dans le monde professionnel, pensiez-vous un jour que le football féminin serait autant suivi ?
ELS : « Non, lorsque j’ai débuté ma carrière professionnelle en 2009, je ne pouvais pas l’imaginer car l’Equipe de France était très peu médiatisée et nous avions fait un mauvais résultat à l’Euro 2009 en Finlande (élimination en 1/4 de finale). Nous avons commencé à y croire en 2011 pendant la Coupe du Monde lorsque nous avons vu l’ampleur que cela prenait en France ! »
TS : Aujourd’hui peut-on parler de phénomène du football féminin ?
ELS : « Je ne pense pas que ce soit un phénomène, cela dure depuis plusieurs années maintenant et c’est parti pour s’inscrire dans la durée. La fédération met tout en œuvre pour que la pratique du football soit plus facile d’accès pour les filles, et le nombre de licenciées ne cesse d’augmenter (le cap des 100 000 vient d’être franchi). »
TS : Outre l’intérêt en développement, avez-vous constaté une hausse du niveau depuis vos premières années ?
ELS : « Oui, clairement. Le niveau du championnat a augmenté. Cela est dû à l’investissement et au travail qui est fait dans les clubs. Les conditions d’entrainement se sont améliorées dans les différents clubs avec notamment l’arrivée des premiers contrats fédéraux ainsi que l’image positive que renvoi le football féminin. Les sponsors sont aussi moins réticents à venir chez les filles. Cela progresse mais la route est encore longue ! »
 
Je pense que le fait de vouloir avoir un enfant me fera arrêter ma carrière.Eugénie Le Sommer
TS : Quelle est la période de votre carrière qui vous a le plus apporté tant humainement que sportivement ? Pourquoi ?
ELS : « Je dirais la période 2010-2012 à Lyon. J’ai découvert le professionnalisme, la Ligue des Champions et je jouais de plus en plus en Equipe de France. J’ai réussi à m’adapter dans la meilleur Equipe de France et d’Europe et ainsi à gagner mes premiers titres. »
TS : Vous avez un petit gabarit, puisque vous mesurez 1m61. Comment l’utilisez-vous dans votre jeu ?
ELS : « J’essaye d’utiliser ma taille comme un point fort, j’ai un centre de gravité plus bas ce qui me permet d’aller vite sur mes premiers appuis. Je suis également à l’aise dans les petits espaces. »
TS : Malgré cette petite taille vous êtes plutôt efficace dans le jeu aérien. Pouvez-vous nous expliquer ?
ELS : « J’ai une bonne détente, ce qui me permet de jouer les ballons de la tête même si je suis plus petite que mes adversaires. Il y a aussi une histoire de timing et je pense être assez performante sur ce point-là. Enfin, dernier point, je n’ai pas peur du duel, ce qui est important dans le jeu aérien. »
TS : Quelle est la ou les meilleures joueuses avec lesquelles vous avez joué ?
ELS : « J’ai évolué avec beaucoup de grands joueuses, je vais donc en citer 3 : Sonia Bompastor, Camille Abily et Lotta Schelin. »
TS : Y a-t-il un joueur masculin auquel vous vous associez ? Qui vous sert d’exemple ?
ELS : « Il y avait bien sûr Zidane quand j’étais plus jeune ! Aujourd’hui je dirai que je m’inspire de tous les grands joueurs des différents championnats, je regarde beaucoup de matchs à la télé. »
TS : Jusque quand vous voyez-vous jouer au football au plus haut niveau ?
ELS : « C’est difficile à dire, je ne me fixe pas de limite précise, mais je pense que le fait de vouloir avoir un enfant me fera arrêter ma carrière. Je me dis vers 32-33 ans. »
L’équipe Stadito tient à remercier Eugénie Le Sommer pour sa gentillesse et sa disponibilité. Propos recueillis par Dardito.
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