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Thibault Giresse, le « fils de » a su couper le cordon

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Thibault-Giresse

THIBAULT GIRESSE, LE « FILS DE » A SU COUPER LE CORDON

En fin de contrat, peut-être en fin de carrière, Thibault Giresse se concentre sur la fin de saison à Guingamp. Malgré un carton rouge cet après-midi, l’EAG pourra dans la course au maintien compter à coup sûr sur l’expérience de ce « fils de » à qui 15 saisons dans le football auront enfin permis de sortir de l’ombre de son illustre paternel. Stadito vous fait découvrir ce joueur lucide et intelligent que tout prédestinait au football, et qui n’a peut-être pas fini d’arpenter le football professionnel français.

► SA FICHE

Nom : Giresse
Prénom : Thibault
Club : En Avant Guingamp
Date de naissance : 25 mai 1981 (34 ans)
Lieu de naissance : Talence (Gironde)
Nationalité : Française
Poste : Ailier gauche
Numéro : 26

► L’ENFANCE, BERCÉE PAR UNE LÉGENDE

Le 25 mai 1981, Alain Giresse exulte. L’international français de Bordeaux ne célèbre ni un titre, ni une victoire ni même un but, mais la naissance de son deuxième fils, Thibault. Alors que Papa écrit l’histoire en marquant lors de l’historique demi-finale de Séville lors de la Coupe du Monde 1982 face à l’Allemagne puis, auréolé d’une seconde place au Ballon d’Or et de nombreuses distinctions personnelles, remporte l’Euro 1984 au sein du célèbre « Carré magique » avec Platini, Fernandez et Tigana, le petit Thibault vit une enfance paisible, héritant de ses parents d’une fière éducation mais surtout d’un intérêt jamais assouvi pour le football, pourtant nullement imposé par le célèbre père. « Le foot, ça m’est venu par passion, précise Giresse junior. J’adorais taper dans un ballon. Jamais je ne me suis dit que j’allais devenir pro comme mon père ». Si son père ne lui met aucune pression quant au football, il ne renonce pas à être celui qui lui apprend les bases, notamment la protection du ballon, un des premiers souvenirs « foot » du pauvre gamin qui ne parvenait jamais à lui subtiliser le ballon. Avec le divertissement comme seule motivation, Thibault est capable de jouer pendant des heures et des heures, au point même d’oublier de manger entre les cours comme le raconte son père dans un reportage sous forme d’interview croisé père/fils pour BeIn Sport.

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Alain Giresse joueur exemplaire, père de Thibault.

Être fils de professionnel, outre le privilège d’avoir un entraîneur attitré à la maison, implique aussi des déplacements régulier en fonction du parcours du père. Ainsi, quand Alain met un terme à ses 16 saisons avec les Girondins pour finir sur une expérience à Marseille, Thibault fait ses premiers pas en club non loin de la citée phocéenne, dans le club de Géménos. De retour en Gironde à la fin de la carrière de son paternel reconverti directeur sportif du FCGB, Thibault l’honore en jouant brièvement pour le club de sa ville natale, Langoiran, puis pour les Girondins pendant un an.

► TOULOUSE, LA PROGRESSION D’UN « PITCHOUN »

C’est quand son père devient directeur sportif puis entraîneur de Toulouse et qu’il joue pour les équipes de jeunes du club de la Ville Rose que lui vient « l’idée de faire carrière, […] naturellement », apparement au désarroi de Chantal Giresse, qui pensait pourtant en avoir fini avec le football professionnel quand son mari raccrocha les crampons en 1988. En dehors de cette pique récurrente de la femme de la maison qui cache probablement une grande fierté, Thibault assure que la succession ne représentait « ni un poids, ni un avantage ».
Alors que Thibault fait ses classes de jeune à Toulouse et trime dur pour s’assurer avec ses études un matelas de sécurité en cas d’échec, obtenant un bac S et de bonnes notes à la fac, Alain Giresse fait remonter le Téfécé en Ligue 1, tente l’expérience parisienne qui sera un échec, retourne au chevet d’un Téfécé relégué, le fait remonter en Ligue 1 puis quitte la France pour le Maroc.
Thibault a alors 19 ans et joue avec la réserve du club toulousain, au sein de la génération dite des « pitchouns ». Il s’épanouit au sein de cette génération que la relégation sportive en Ligue 2 assortie d’une relégation administrative en National projeta sur le devant de la (certes modeste) scène de la troisième division française. Il le soutient toujours, des années après : cette saison est son « meilleur souvenir de footballeur ». Sous les ordres d’Erick Mombaerts et la direction d’Olivier Sadran, qui donne un nouvel élan au club qui a échappé de peu à la perte du statut professionnel, Thibaut Giresse joue pas moins de 41 matchs toutes compétitions confondues, inscrivant la bagatelle de 10 buts. Sa première saison est donc plus aboutie qu’il ne pouvait même l’espérer, tant sur le plan personnel que pour le Tef’, qui termine 4e de National et signe un retour express en Ligue 1.

Thibault Giresse accompagné de Jérémy Mathieu et Daniel Moreira lors de la victoire 2-1 de Toulouse sur Troyes en Décembre 2005. Crédit : Lionel Bonaventure

Thibault Giresse accompagné de Jérémy Mathieu et Daniel Moreira lors de la victoire 2-1 de Toulouse sur Troyes en Décembre 2005. Crédit : Lionel Bonaventure

Une petite ombre au tableau apparaît alors que les apparitions de Giresse sont devenues fréquentes. De mauvaises langues, présentes depuis le début de sa formation, élèvent la voix pour contester le rôle de l’ailier. « Au sein de mon équipe, à un moment donné, on disait que peut-être je jouais parce que mon père avait été dans le club, et que le fils de la personne méritait plus de jouer, regrette-t-il. C’est difficile à entendre, mais bon c’est inévitable la comparaison ».
Thibault possède pourtant des qualités techniques bien au-dessus du niveau moyen du National, et même de la Ligue 2 où il joue encore une trentaine de match. La saison s’achève comme elle a commencé, par une victoire contre Istres avec un but de Giresse, mais entre temps, Toulouse a empoché le titre de champion de France de Ligue 2 et son billet pour la Ligue 1. Sur le plan personnel, Thibault justifie ses titularisations en Ligue 1 par ce que son père appelle « son moteur principal » : « son mode de vie, sa conscience professionnelle et [surtout] sa passion pour le foot ». Le joueur de 21 ans, bien intégré dans sa génération, fait le bonheur du staff technique, étant un joueur qui a « le respect des institutions, de toutes les composantes d’un club » selon son propre père.
Malheureusement, ces valeurs, même assorties à son talentueux pied gauche, ne suffisent pas pour rester titulaire dans un groupe qui change grandement, double promotion consécutive oblige. Rien de personnel pour Giresse, qui ne joue que 5 matchs au premier tour, puisque plusieurs pitchouns, à l’image de Wilfried Niflore, Cédric Fauré ou Jérémy Blayac sont poussés vers la sortie en 2004. Pour Giresse, il ne s’agit que d’un prêt en janvier au Havre, avec qui il joue 16 matchs de Ligue 2 et inscrit 4 buts, ce qui lui permet d’être rappelé en été par Toulouse.
De retour dans son club de cœur, il parvient enfin, sur le tard, à jouer régulièrement en Ligue 1, faisant ses premières entrées en jeu fin septembre, puis glanant plusieurs titularisations à partir d’octobre. Il inscrit même son premier but dans l’élite face à Metz, une performance qu’il réitère fin décembre en offrant la victoire contre Istres, son adversaire préféré. Au final, il comptabilise une première grosse saison de Ligue 1, avec 28 matchs dont 20 titularisations, et peut raisonnablement espérer s’installer sur le long terme dans le championnat, lui qui a tout juste 24 ans.
Il vit alors probablement sa saison la plus frustrante, pire que celle où l’inexpérimenté Giresse devait se faire prêter en L2. Cette fois, c’est avec 30 matchs de Ligue 1 dans les jambes et des velléités d’être titulaire que Thibault se retrouve privé de terrain, ne jouant que 299 minutes de Ligue 1 sur l’ensemble de la saison.

► AMIENS, RÉGULARITÉ SANS RÉSULTATS

Cette fois, l’au revoir devient un adieu, Giresse quitte définitivement le Sud pour rejoindre Amiens en Ligue 2. Une vraie renaissance dans l’antichambre du football français pour une saison qui ressemble fortement à sa première en L2 : la saison s’achève comme elle a commencé, par une victoire contre Le Havre avec un but de Giresse, mais entre temps, Amiens a manqué de peu la montée. En effet, à la différence du titre au bout de sa saison avec Toulouse, Thibault et ses nouveaux coéquipiers vont payer de ne pas s’être assez placés à l’approche du sprint final, durant lequel ils établiront l’excellent bilan de 38 points en 16 matchs. Ils finissent ainsi à un petit point de la troisième marche du podium synonyme de montée, et deux de la deuxième place. Sur le plan personnel, il signe, sa saison la plus aboutie, épargné par les blessures, jouant l’intégralité des matchs de la saison pour une trentaine de titularisations et 10 buts.
Il semble cependant que les hommes de Ludovic Batelli ont laissé passer leur chance, puisqu’Amiens, loin du podium qu’il a touché du bout des doigts, passe plus près de la relégation que d’autre chose. Ainsi, malgré 6 buts de Giresse, toujours titulaire, la barre symbolique des 42 points n’est franchie que lors de l’avant dernière journée, à Libourne.

Stade de la Licorne dans lequel Thibault Giresse a passé

Stade de la Licorne dans lequel Thibault Giresse a passé 3 saisons.

La crainte devient réalité sous les ordres de Thierry Laurey la saison suivante, puisqu’Amiens, malgré 43 points acquis et étant à seulement 5 points de la 11e place, est relégué. Un destin cruel pour les Amiénois qui pensaient leurs concurrents au maintien distancés, et qui plongent dans la zone rouge pour la première fois dans la dernière demi-heure de la dernière journée…
En fin de contrat, Thibault Giresse met un terme à 3 années passées en tant que titulaire indiscutable, ayant disputé 113 matchs de Ligue 2 pour 23 buts, et rejoint l’En Avant Guingamp, club familial qui a terminé dans le ventre mou grâce à 3 points de plus que l’ASC.

► EA GUINGAMP, LA DEUXIÈME JEUNESSE

Un club qui, surtout, vient de remporter la Coupe de France face à Rennes et peut rêver, en plus de l’objectif à demi-avoué de monter en Ligue 1, d’une épopée en Europa League. Attiré par l’ambiance comme le projet du club, Giresse rejoint les troupes de Victor Zvunka, lui aussi passé par Toulouse puis Amiens et dont les frères âgés de 10 ans de plus et célèbres dans le football français ont conditionné la carrière.
Comme toujours, il ne déçoit pas en Ligue 2. Mais encore une fois, les sombres performances de l’équipe éclipsent sa régularité. Sèchement éliminés dès les barrages de l’Europa League par Hambourg (1-5 ; 3-1), battus par Bordeaux lors du Trophée des Champions (2-0), les Bretons vont totalement déchanter en championnat. Une série de dix matchs sans victoire à l’automne les plonge dans la zone rouge, avant qu’une deuxième de 11 matchs entre décembre et mars ne les mette dans une position très inconfortable. 15 points lors des 10 dernières journées ne suffisent pas, Guingamp finit juste en-dessous de la ligne rouge symbolique à laquelle nombre de clubs craignaient encore d’échapper lors des dernières journées. Pourtant, comme un an plus tôt avec Amiens, Thibault peut regretter d’avoir dépassé inutilement la barre symbolique des 42 points, finissant finalement à 43, alors que 8 équipes se tenaient en 6 points dans cette zone du tableau.
Mais contrairement à sa dernière saison chez les Picards, l’ailier, qui a joué 40 matchs pour 5 buts et 5 passes décisives toutes compétitions confondues, décide de ne pas quitter les Bretons. Parce qu’il a un contrat à honorer, parce qu’il se sent bien à Saint-Brieuc et dans le club. Peut-être aussi parce que son instinct lui prédit que la saison de Guingamp en National sera plus prometteuse que celle d’Amiens, qui n’est pas parvenu à décrocher la montée.

L'effectif de l'En Avant de Guingamp lors de la saison 2010-2011 en National.

L’effectif de l’En Avant de Guingamp lors de la saison 2010-2011 en National.

Un pari totalement réussi, puisqu’avec l’arrivée de Jocelyn Gourvennec, Guingamp début dans l’anonymat de la troisième division une nouvelle ère, dans laquelle Giresse tiendra un rôle prépondérant. À 29 ans, il fait partie des « anciens » et adopte le rôle de cadre au sein d’un groupe très jeune où il côtoie plusieurs noms actuellement connus en Ligue 1 : Lionel Mathis, Mamadou Samassa ou encore Dorian Lévêque qui sont restés à Guingamp, mais également des joueurs s’étant imposés ailleurs, comme François Bellugou, Bakary Kone ou Hervé Bazile. Il adopte un second rôle, beaucoup plus surprenant, celui de buteur providentiel.
Meilleur buteur d’un club qui impressionne avant tout par une défense presque imperméable, il devient même meilleur buteur du championnat avec 21 buts. Élu dans l’équipe-type du championnat, Thibault peut savourer un accomplissement qui lui rappelle ses débuts à Toulouse : Guingamp et son groupe jeune sont promus en Ligue 2, finissant troisièmes derrière Bastia et Amiens.
Préciser que Thibault réussir sa saison en Ligue 2 relève du pléonasme, lui qui a joué plus de 30 matchs pour chaque saison dans cette division. Notons juste qu’avec 35 titularisations, 8 buts et 7 passes décisives, il reste un des élément les plus précieux d’un groupe presque inchangé mais consolidé qui réussit une saison satisfaisante, navigant au milieu de tableau pour finir, grâce à un sprint final parfaitement négocié, à la septième place.
Loin de se reposer sur ses lauriers, le club breton, qui attire un autre « pitchoun », Cédric Fauré, réalise un exploit inattendu malgré leur saison 2011-2012 prometteuse. En effet, alors que l’objectif était de « faire mieux que la saison [précédente], sans se mettre la pression », personne ne voyait l’EAG, 10e du championnat en octobre, rester invaincu pendant presque 5 mois pour rester au contact des candidats à la montée, et encore moins prendre place sur le podium grâce à des victoires 6-1 contre le Amand puis même 7-0 contre Lens. Le public peut se pincer, se frotter les yeux, Thibault Giresse et ses vaillants compagnons sont bien deuxièmes de Ligue 2, derrière l’AS Monaco, géant financier. Ce rêve de rejouer en Ligue 1 avec Guingamp, que Giresse avait évoqué sans trop de conviction à mi-saison, cette nouvelle double-promotion presque consécutive devient une réalité qui fait sa fierté et ravit son entraîneur, qui ne tarit pas d’éloges pour celui qui a joué 107 matchs de championnat en 3 saisons : « Il est dans tous les bons coups. Faire ça sur deux périodes différentes, l’une en étant jeune et l’autre en étant plus âgé, ça prouve qu’il sait de mettre à niveau dans l’esprit, dans le collectif. C’est un exemple ».

La joie du groupe guingampais avec en tête Thibault Giresse lors de la montée en Ligue 1.

La joie du groupe guingampais avec en tête Thibault Giresse lors de la montée en Ligue 1.

Exultant, Thibault n’en reste pas moins lucide, comme toujours. Il sait qu’il devra mieux négocier cette saison en Ligue 1 que la première avec Toulouse. Sur le plan collectif d’abord, car il se rappelle que les Pitchouns n’étaient pas passés loin de la relégation immédiate, mais surtout car il a, dans un club familial taillé sur mesure pour lui, enfin l’occasion de se détacher d’une étiquette collée suite à ses performances toujours au niveau dans les divisions inférieures : celle de « Joueur Ligue 2 ». Une sous-estimation qui, au fond, ne dérange pas tant que ça ce joueur humble et qui n’a pas besoin d’attirer la lumière, mais qui souhaite profiter au maximum de ses dernières années, lui dont la passion pour le football est toujours aussi forte à 32 ans.
Les jambes, elles, sont plus lourdes, même si la Ligue 1 découvre les merveilles dont sont capables sa patte gauche. Comme titulaire ou comme remplaçant, Jocelyn Gourvennec tente de tirer le plus de son milieu offensif, avec un rôle sur le terrain remis en question par Claudio Beauvue et Steeven Langil, mais avec le rôle incontesté de vice-capitaine derrière Lionel Mathis. Montrant l’exemple comme toujours, il assume ses responsabilités dans une équipe qui assume les difficultés de la Ligue 1 pour finir, avec tout juste 42 points, à la 16e place du championnat. En bon cadre, en plus d’être l’auteur de 3 buts et deux passes décisives importantes, Thibault Giresse va marquer l’histoire récente de l’EAG. Entrant en jeu à la 109e minute lors de la demi-finale de Coupe de France face à l’AS Monaco, il signe deux passes décisives synonymes de finale. Entrant en jeu au Stade de France, il entre pour assurer la victoire contre Rennes et soulever la coupe, aux côtés de Lionel Mathis, pour une image historique comme un symbole de ces héros humbles et discrets qui ont mené l’En Avant du National au titre de champion de France.

Nouvelle joie pour le petit club guingampais vainqueur de la Coupe de France en 2014.

Nouvelle joie pour le petit club guingampais vainqueur de la Coupe de France en 2014.

Paradoxalement, alors que son corps est sur le déclin, Giresse peut enfin exposer ses qualités au monde du football, et faire que sa réputation dépasse enfin celle de « fils de », même si les médias ne manquent pas de faire un parallèle élogieux avec son père qui l’a remporté 28 ans plus tôt.
À 33 ans, il écrit encore l’histoire, mais un tout autre chapitre que celui des promotions et des relégations dans les divisions inférieures françaises. Lors du parcours héroïque de Guingamp en Europa League, il apparaît deux fois face à la Fiorentina, mais il jouera surtout son rôle lors de l’historique qualification à Salonique, où son centre se transforme en passe décisive pour le but de Beauvue. Ses deux passes décisives en seizièmes ne suffiront pas pour un nouvel exploit breton, mais son retour dans le groupe correspond avec le regain de forme de Guingamp, qui se sauve après avoir été dernier du championnat en décembre et qui finit même à la 10e place.
Logique donc que le contrat de Thibault soit prolongé, car les dirigeants savent bien que, même en faisant abstraction de son apport sur le terrain, peu de joueurs peuvent aussi bien transmettre l’état d’esprit guingampais que le gaucher. Ils ne se trompent pas non plus sur le fait que, même s’il ne joue qu’une poignée de minutes – en l’occurrence 9 minutes en Ligue 1 entre fin août et début décembre, il sait prendre avec du recul ce qu’il appelle « les aléas du football » et préfère travailler pour le groupe, quitte à prouver dès son retour qu’il est indispensable. À nouveau titulaire depuis la fin de l’année 2015, il arbore à de nombreuses reprises le brassard de capitaine, et nous rappelle qu’on n’est jamais trop vieux dans le costume de sauveur, comme en témoignent son penalty victorieux dans les arrêts de jeu à Bastia, mais aussi 3 autres buts lors des 6 matchs suivants, puis une passe décisive contre Montpellier début avril avant le fameux derby breton de la semaine passée, où il fait oublier le poids de ses jambes, se baladant pendant 90 minutes et distribuant 3 passes décisives pour cette victoire 3 à 0.

24 avril 2016, lors du match contre Caen.

24 avril 2016, lors du match contre Caen.

Alors qu’il aura 35 ans à la fin de la saison, Thibault Giresse fera probablement le point avec Jocelyn Gourvennec quant à son avenir. Bien que son âge commence à compter parmi les plus vénérables en Ligue 1, il ne serait pas surprenant de voir ses jambes suivre sa passion pour quelques derniers efforts sur les terrains de Ligue 1, voire de Ligue 2 s’il échoue à maintenir Guingamp. Quoi qu’il en soit, quand l’heure sera venue, le peuple du football français pourra jeter un regard rétrospectif respectueux sur la carrière de Giresse IIe du nom, ce roi modeste qui aura su assurer la succession de son prédécesseur filial, ayant conquis tant de peuples, en ne s’abandonnant jamais au défaitisme face à l’adversité, en faisant le bonheur de tous ses sujets et en remportant toutes ses batailles. Des batailles bien différentes que les conquêtes internationales et les sommets nationaux qui ont marqué le règne de Giresse Ier, mais le prestige d’avoir su, grâce à ses valeurs et son ouverture d’esprit, se délivrer des préjugés associés à son héritage, puis à sa soi-disant prédilection pour les divisions inférieures, d’avoir marqué l’histoire de sa patte gauche, d’avoir franchi toutes les étapes du football français du National au podium du Stade de France, d’avoir ajouté un prénom, un visage et un état d’esprit transmis par le membre du carré magique, mais dont seul son travail, sa passion et son respect ont permis le développement. Un profil rare dont il faudra savourer les derniers instants avant là reconversions, avant peut-être une reconversion. Puis de voir, dans quelques années, émerger un troisième Giresse ? On ne demande que ça.

 

Rédigé par Jonito – Rédacteur Stadito

Jonathan Tunik

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