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STADITO INTERROGE GRÉGORY CERDAN : LE MANS, BLESSURES ET DÉPÔT DE BILAN

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Grégory-Cerdan

STADITO INTERROGE GRÉGORY CERDAN : LE MANS, BLESSURES ET DÉPÔT DE BILAN

Véritable cadre du Mans pendant ses années en Ligue 1, Grégory Cerdan est de retour au bercail. Alors que le dépôt de bilan a plongé le club dans le monde amateur, le Sarthois de 33 ans est revenu au club où il joue en CFA 2 comme bénévole, en préparant sa reconversion d’entraîneur. Celui qui, à part un prêt à Saint-Gratien en début de carrière et 2 ans gâchés par les blessures à Guingamp, n’a connu que le club Sang et Or, souhaite à présent boucler la boucle dans un club dont la structure a bien changé depuis la triste année 2013. Celui qui a joué 6 saisons de Ligue 1, a remporté la Coupe de France et a côtoyé plusieurs figures célèbres du football (Rudi Garcia, Frédéric Hantz, Gervinho, Sébastien Corchia, Marko Basa, Stéphane Sessègnon, Romaric et tant d’autres) se confie à Stadito sur l’avant/après dépôt de bilan au Mans, mais aussi sur l’ensemble de son parcours et sur les blessures qui l’ont écarté du haut niveau.

– Le club du Mans évolue désormais en CFA2. Vous avez connu les clubs professionnels et vous avez donc signé des contrats professionnels. Qu’en est-il aujourd’hui ? Vivez-vous toujours du football ?

« Je suis revenu au Mans FC depuis la saison dernière en CFA2 avec un statut amateur. Je ne suis pas rémunéré pour jouer, donc non je ne vis pas du foot aujourd’hui. Par contre, le club m’aide financièrement au niveau de ma formation d’entraîneur. »

– Vous connaissez ce club depuis plus de 10 ans. Comment avez-vous vécu la descente aux enfers connue par le club suite à un dépôt de bilan ?

« Je l’ai vécu depuis l’extérieur car je n’étais plus au club, mais à Guingamp. Mais étant Sarthois et toujours Manceau de cœur, je suivais l’évolution du club par l’intermédiaire des amis que j’avais au club et par ma famille vivant au Mans. J’étais vraiment triste de voir que ce qui avait été construit pendant de nombreuses années s’effondrent d’une telle façon. C’était un sentiment d’un immense gâchis. »

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– Vous avez connu de belles aventures avec ce club, lors de vos années en Ligue 1 notamment. N’est-ce pas trop difficile de voir le club où il est aujourd’hui ? Est-ce que l’on parle encore de cela dans le club ?

« Bien sûr que cela a été difficile quand je suis revenu en août 2014 car les apparences, avec la Pincenardière et les nombreuses équipes du club, peuvent laisser croire que c’est encore le haut niveau mais je me suis très vite rendu compte que la cicatrice n’était pas encore refermée et qu’il y avait quasiment tout à reconstruire. Maintenant il y a deux solutions, soit on ressasse le passé, soit on va vers l’avant pour bâtir dans la durée. On a choisi la deuxième ! »

– Quels souvenirs positifs garderez-vous de votre carrière professionnelle ? Pourquoi ?

« J’en garde que j’ai vécu de ma passion pendant 11 merveilleuses années. Peu de gens vivent de grandes émotions grâce à leur métier, moi j’ai eu la chance de connaître cela. Des montées en L1 avec des copains sur le terrain, jouer dans des stades et ambiances fabuleuses, rendre ma famille et mes amis fiers et partager les grands moments avec eux fut sans doute ce qu’il y a de plus gratifiant pour moi. C’est pour vivre de telles choses que l’on fait un sport collectif, pour partager les émotions. Voir mes enfants et mes proches tenir la Coupe De France dans leurs mains n’a pas de prix à mes yeux. »

Grégory_Cerdan

– Lors de votre première année professionnelle, où vous avez signé avec Le Mans, vous êtes prêté à l’Entente SSG. Pensez-vous que c’est la bonne solution pour les jeunes de se faire prêter dans un club évoluant dans une division inférieure ?

« Il n’y a pas de vérité. Me concernant c’était la meilleure solution car le club accédait à la L1 alors que moi je n’avais joué qu’en CFA2. L’entraîneur de l’époque m’avait clairement expliqué que s’il comptait sur moi pour l’avenir, il fallait passer par ce niveau intermédiaire. Ce fut une excellente décision (me concernant). Maintenant si un jeune arrive et qu’il a le niveau pour jouer plus haut…à lui et son club de voir quelle solution est la meilleure. »

– Vous avez refusé une proposition de vos dirigeants en 2011 pour prolonger votre contrat avec Le Mans. Pourquoi avoir fait ce choix ? Ne l’avez-vous pas regretté après coup ?

« FAUX !!!!
On m’a relayé cette « info » juste avant mon retour en août 2014, j’étais scandalisé !
Il faut savoir que j’ai fait des pieds et des mains pour que le club me fasse re-signer en fin 2011, mais on m’a fait comprendre que l’on n’avait plus besoin de moi.
Pour info quand j’arrive à Guingamp en Janvier 2012, je signe un contrat de 6 mois inférieur au chômage car je voulais rejouer au foot rien de plus. Alors faire croire que j’ai refusé une prolongation ici est d’une malhonnêteté sans nom ! Mais ces personnes font partie du passé. »

– A ce moment là, plusieurs pistes s’offrent à vous. Quelles étaient-elles ? Pourquoi avoir choisi Guingamp au final ?

« Je n’en ai eu que 2, Monaco et Guingamp. Je suis allé à Monaco courant Décembre, le contrat était prêt mais ils voulaient que je sois apte dès la reprise ce qui était infaisable. Jocelyn Gourvennec m’a rappelé avant les fêtes (il m’avait appelé la veille de mon opération en juin 2011) pour me proposer de venir à la reprise voir où j’en étais, j’y suis allé et une semaine après on était d’accord pour que je signe mais en me laissant tout le temps possible pour revenir en forme. J’ai de suite trouvé ma place dans le groupe, cette équipe était faite pour moi. »

Jocelyn Gourvennec

Jocelyn Gourvennec

– Les médias annonçaient une piste sérieuse vous menant en Lorraine et plus précisément du côté de Nancy ? Était-ce vrai ? Pourquoi cela ne s’est pas fait ?

« Comment vous savez cela ?
L’histoire c’est que Nancy m’avait fait une proposition de contrat sur 3 ans en Mars-Avril 2011 car j’arrivais en fin de contrat au Mans. On jouait la montée donc j’avais expliqué à mon agent que ce n’était pas le bon moment et surtout je me disais que si le club remonte en L1, il allait me prolonger. Donc on était d’accord avec Nancy pour se revoir en fin de saison si besoin et…je me fais les croisés et eux voulaient un joueur opérationnel donc logique qu’ils prennent un autre joueur. Sans regrets. »

– Vous avez également évolué sous les couleurs de l’En Avant Guingamp. Comme avec Le Mans, vous avez connu une promotion de la Ligue 2 à la Ligue 1. Laquelle des deux était la plus belle ? Pourquoi ?

« Difficile à dire. Avec Le Mans, on était programmé pour remonter donc c’était l’objectif annoncé. Mais on s’est marré pendant 6 mois avec Hantz en plus de gagner. Je pense qu’il a marqué tous les joueurs de notre génération qui ont ensuite explosé.
Avec Guingamp, il y a beaucoup de similitudes dans les valeurs du groupe que j’avais connu au Mans : plaisir, solidarité, un jeune entraîneur charismatique, des gars exceptionnels dans le vestiaire… mais une liesse populaire phénoménale !!! J’étais blessé les dernières semaines de la saison mais j’avais l’impression d’être sur le terrain avec eux, c’était génial ! »

Frédéric Hantz

Frédéric Hantz

– Vous avez connu deux blessures importantes dans votre carrière. En effet, vous avez subi deux ruptures des ligaments croisés à chacun des deux genoux. Quel était votre état d’esprit lors de ces moments ?

« Douleur, colère et tristesse. Quand ça vous tombe dessus, vous n’y trouvez pas de positif. »

– Avez-vous craint que cela vienne stopper votre carrière professionnelle ?

« Ça lui a mit des sacrés coups de frein quand même… La deuxième blessure est le déclencheur de ma fin de carrière professionnelle. Je n’ai jamais retrouvé le niveau qui était le mien avant. »

– Vous évoluez au poste de défenseur central. Quelle vision portez-vous sur ce poste ? Est-ce le poste où l’on est le mieux placé pour voir comment se déroule le jeu ?

« Tout le monde a son importance dans une équipe, mais défenseur central amène des responsabilités. Vous êtes un peu le guide des partenaires car vous avez tout le jeu devant vous, c’est comme ça que j’ai pris ce rôle le jour où j’ai joué à ce poste. Ça m’a permis de développer ma réflexion sur le jeu. »

– Lors du début de saison 2014-2015, avec Guingamp, vous connaissez un début de saison difficile. Des tensions apparaissent, notamment avec votre coéquipier, Mustapha Yatabare. Que s’est-il passé entre vous deux ? Qu’en est-il de vos relations aujourd’hui ?

« Difficile car je savais que je devais trouver un challenge ailleurs qu’à Guingamp et « Yat », lui, était dans l’attente de son transfert donc nous étions tous les deux un peu tendus… On s’est chauffé sur un jeu à l’entraînement, ça a débordé et voilà pas d’excuses. Des enfants regardaient l’entraînement ce jour là et j’ai eu honte de montrer ça à des gamins qui nous admirent. On était tous les deux conscients d’avoir été nuls et c’est réglé. Il y a pire dans la vie. »

– Parmi tous les défenseurs centraux avec lesquels vous avez évolué, quel est celui avec qui vous formiez la meilleure charnière centrale, selon vous ?

« Le meilleur avec qui j’ai joué c’est Marko Basa, mais je pense que c’est avec Khaled Adenon que j’ai été le plus complémentaire. Faudrait demander à mes entraîneurs. »

A gauche Marko Basa, à droite Khaled Adenon

A gauche Marko Basa, à droite Khaled Adenon

-Aujourd’hui, continuez-vous à suivre les parcours des différentes équipes par lesquelles vous êtes passé durant votre carrière de footballeur ?

« J’ai encore des très bons copains à Guingamp, que je côtoie toujours. Donc, oui je les suis attentivement et je surveille aussi Grenoble où joue Fred Thomas. »

– Comment jugeriez-vous votre carrière de footballeur depuis vos débuts ? Est-ce que tout cela n’a pas été trop compliqué à vivre pour vous et vos proches ?

« Elle est honorable, j’ai toujours essayé de tout donner. Après elle est frustrante car je pense que j’aurai pu faire mieux. Mais c’est comme ça, je la souhaite à beaucoup de jeunes joueurs.
Je pense surtout à ma femme que j’ai connu au lycée. Il y a des bons côtés, mais elle a quand même souvent dû se sacrifier professionnellement pour me permettre de m’exprimer pleinement dans mon métier, je lui en suis à jamais reconnaissant. »

– « Je lui ai dit que l’on ne comptait plus sur lui ». Jocelyn Gourvennec, entraîneur de Guingamp a dit ces mots à propos de vous dans Le Télégramme alors qu’il vous restait encore une année de contrat avec le club. Vous l’a-t-il dit en face ? Comment avez-vous vécu ce moment ?

« Oui, il me l’a dit en face et c’est quelque chose de très important. Un entraîneur doit être franc avec ses joueurs et il l’a toujours été. Ce n’est facile à entendre mais c’est une bonne chose car ça permet d’avancer. Et puis je le savais au fond moi, je n’avais plus le niveau pour jouer en Ligue 1. Je me suis donc lancé à la recherche d’un nouveau projet. »

– Vous quittez donc Guingamp et encore une fois plusieurs offres vous concernent. Quelles étaient-elles cette fois ? Retrouviez-vous les mêmes clubs que lors de votre départ du Mans ?

« Les seules offres que j’ai eues venaient de l’étranger : Grèce, Roumanie, Chine… ce n’était pas du tout ce que je recherchais. »

– Pourquoi avoir finalement choisi de retourner dans la Sarthe ? Un choix du cœur ?

« C’était une évidence. Soit je continuais une carrière pro en France, soit je m’inscrivais dans le projet de reconstruction du Mans FC et j’entamais ma reconversion. »

MMArena, stade du Mans FC

MMArena, stade du Mans FC

– Aujourd’hui vous avez 33 ans. Accordez-vous toujours autant d’importance au football que lors de vos débuts ?

« Oui, mais je le vois différemment, aujourd’hui je veux partager mon vécu, donner ce qu’on m’a appris, véhiculer les valeurs qui ont guidé ma carrière. »

– Savez-vous quand est-ce que vous allez arrêter de pratiquer le football en club ? Pensez-vous déjà à la reconversion ?

« Oui je le sais. J’en ai déjà parlé avec mes proches.
Je suis actuellement en formation pour obtenir le BEF, un diplôme d’entraîneur pour intégrer au moment venu l’équipe technique du Mans FC. Et ma reconversion est déjà entamée car je suis co-entraîneur à la SSS Lycée Le Mans Sud que j’avais intégrée en Septembre 1998 en tant que jeune joueur… »

L’équipe Stadito remercie Grégory Cerdan pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Propos recueillis par Dardito.

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