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JIMMY CABOT, LUEUR DE L’AUBE ÉMERGEANT DANS LA NUIT

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JIMMY CABOT, LUEUR DE L’AUBE ÉMERGEANT DANS LA NUIT

Il y a presque 3 ans, la Ligue 1 découvrait un jeune troyen pétri de talent juste avant la descente en Ligue 2. Cette année, Troyes est de retour et, après deux années compliquées, entre blessure et ombre de Corentin Jean, Cabot compte bien s’imposer à Troyes, dans ce climat rendu hostile par les mauvais résultat mais où son nom rime avec espoir. Stadito vous présente Jimmy Cabot, étincelle d’espoir qui pourrait bien égayer la saison noire de l’ESTAC.

► SA FICHE

Nom : Cabot
Prénom : Jimmy
Club : ES Troyes AC
Date de naissance : 18 avril 1994 (21 ans)
Lieu de naissance : Chambéry (Rhône-Alpes)
Nationalité : Française
Poste : Ailier gauche/Ailier droit/Milieu offensif
Numéro : 21

► SA JEUNESSE

Avant d’arriver au centre de formation de Troyes en 2009, Jimmy Cabot ne connaît que 2 clubs dans sa jeunesse. Son premier, le FC Villargondran, qu’il rejoint dès ses 9 ans : il y reste 2 saisons, avant de partir un peu plus au nord, à quelques kilomètres de Villargondran, au CA Maurienne Football. Pendant ces années, il se révèle être un joueur avec un gros potentiel, et au moment d’entamer sa cinquième année au sein de son club, il se fait repérer en 2009, lors d’un tournoi à Clairefontaine, par l’un des gros clubs de la région, l’ESTAC, alors en National. Jimmy Cabot est âgé de 15 ans. Là-bas, Jimmy Cabot retrouve d’autres joueurs comme Djibril Sidibe, Salimo Sylla, ou encore Corentin Jean, surdoué du centre de formation, faisant toujours le double du travail et toujours en avance sur le reste de l’équipe. « Corentin, c’était le gamin idéal, dixit Claude Robin, ancien directeur du centre de formation et actuellement entraîneur de l’équipe première. Il était toujours à fond, qu’importe l’équipe avec laquelle il s’entraînait et qu’importe le match en préparation. Si je n’en avais que des comme ça, mon travail serait le plus simple du monde« .

Le jeune Jimmy Cabot sur le stade d'entrainement du Pierre Rey de sa terre natale

Le jeune Jimmy Cabot sur le stade d’entrainement du Pierre Rey de sa terre natale

En novembre 2010, Jimmy Cabot est donc logiquement appelé par Francis Smerecki pour participer à un stage de détection nationale U18 à Clairefontaine, mais il ne donne pas satisfaction durant ce stage et ne retrouvera plus les équipes jeunes de l’Equipe de France. Le joueur le dit lui-même en août 2013 sur le site officiel troyen : « J’ai été catastrophique. On a fait une opposition contre des 93 et je n’ai pas été bon du tout. Je n’ai pas saisi ma chance et on m’a oublié par la suite. Je n’ai d’ailleurs jamais été étonné de ne plus être appelé. C’est peut-être ce qui m’a incité à encore plus travailler« .
Joueur de couloir, le natif de Chambéry travaille donc dur et semble faire l’unanimité au sein du centre de formation de Troyes, si l’on en croit les propos du responsable technique du centre à l’époque : « Notre recruteur avait repéré Jimmy lors d’interligues à Clairefontaine. C’est un joueur de couloir qui peut jouer à droite comme à gauche, aussi dans l’axe, mais pas en pointe. C’est un petit gabarit qui présente un peu le même style de jeu que Corentin Jean. Il est passé, à l’intersaison, de titulaire des U17 ans nationaux à titulaire des U19 nationaux« . Vous l’aurez compris, dur de parler de Cabot sans parler de Corentin Jean : ami, référence, comparaison mais aussi une attraction médiatique qui plonge Cabot dans l’ombre. Mais le joueur dément cette impression en 2013, alors qu’il tire son épingle du jeu et que Jean semble rentrer dans le lot, et rappelle que la relation entre les deux joueurs est amicale et non concurrentielle : « On a chacun notre parcours et ils sont différents. Je suis content pour lui, pour ce qui lui arrive, pour ce qu’il a vécu avec l’équipe de France. Il a su saisir sa chance. Corentin est un grand joueur. Mais je ne suis pas dans son ombre […] et on n’a pas les mêmes qualités. Ceci dit, on s’entend bien et on est tout le temps ensemble« .

Claude Robin, acteur majeur de la progression de Jimmy au sein du centre de formation.

Claude Robin, acteur majeur de la progression de Jimmy au sein du centre de formation.

Cabot est lié au club de l’Aube par un contrat de stagiaire-professionnel à partir de 2011, pour une durée de trois ans. Lors de la saison 2011-2012, il joue avec les U19 et les mène jusqu’à une troisième place en championnat, accompagnée d’un parcours de coupe Gambardella s’achevant en quart de finale, éliminés par le futur vainqueur, Nice.
À la fin de cette saison, Jimmy Cabot quitte le groupe du centre de formation pour aller s’entraîner avec celui de l’équipe réserve, en CFA 2, avec qui il a déjà joué une demi-douzaine de matchs. Il joue son premier match de la saison le 26 août, contre la réserve de Dijon. 1 mois et 3 matchs plus tard, il inscrit son premier but contre Saint-Pryve Saint-Hilaire. Il marque encore deux buts en décembre, puis franchit un nouveau pas en janvier 2013 : le 19, il fait ses grands débuts en Ligue 1 face au FC Lorient, en remplaçant Stéphane Darbion à la 83e minute. 3 jours plus tard, il obtient sa première titularisation en Coupe de France face à Fontenay-Vendée. Il refait quelques apparitions sur le banc jusqu’à la fin de la saison, mais ne bénéficie de temps de jeu qu’avec la CFA 2.

Vers le monde des adultes…

Pendant la trêve estivale, il intègre l’équipe première à part entière, jouant les matchs de préparations avec l’équipe fraîchement reléguée en Ligue 2, notamment contre Nancy où il marque des points auprès de Jean-Marc Furlan, qui déclare : « Il a montré de belles qualités. Il est imprévisible pour l’adversaire et, parfois, pour ses coéquipiers« . Le Chambérien fait part de sa volonté d’obtenir du temps de jeu, et il semble que cela paie puisque, dès la première journée de Ligue 1, il entre en jeu face à Niort. 4 jours plus tard, il profite d’un match de Coupe de la Ligue face au Gazélec Ajaccio pour marquer son premier but, à l’occasion de sa première titularisation. Le jeune homme se donne un mot d’ordre : « Mon but, c’est de donner satisfaction chaque minute, pour gratter du temps de jeu« . Il signe peu après son premier contrat professionnel, pour une durée de 3 ans, et participe à tous les matchs et marque 2 buts, jusqu’en octobre, quand il est appelé avec la sélection française U20, championne du monde en titre. Il retrouve donc l’Équipe de France, plusieurs années après son stage de détection manqué. « C’est une surprise […] J’avais décidé de travailler dur et de m’investir encore plus dans mon club. Mon début de saison a dû compter » déclare celui qui se dit « sur un petit nuage« .

Sur la gauche aux côtés de son "double" Corentin Jean, Jimmy Cabot grandi chez les pros.

Sur la gauche aux côtés de son « double » Corentin Jean, Jimmy Cabot grandi chez les pros.

Mais il se blesse et manque un mois de compétition, en plus de cette sélection . Après son retour, il ne parvient pas à enchaîner trois matchs de suit jusqu’à avril, et doit se contenter de petits bouts de matchs. 27 matchs pour 5 buts et 3 passes décisives, le bilan est loin d’être mauvais pour une première saison en tant que professionnel, mais, déjà, les premières difficultés se font ressentir. Les blessures qui l’empêchent d’enchaîner les matchs, un statut de joker qui se dégage pour lui dans la hiérarchie de Jean-Marc Furlan, qui ne lui accorde pas la confiance qu’il accorde à Corentin Jean. Le joueur se rattrape en jouant le plus souvent possible avec l’équipe réserve. Il lui arrive même quelques fois d’aller aider l’équipe CFA le lendemain d’un match où il a peu joué. Le résultat est toujours positif : 8 matchs, 8 titularisations, 6 buts. La fin de saison est, grâce à son travail, porteuse de bonnes nouvelles, puisqu’il est appelé avec la sélection des moins de 20 ans pour le Tournoi de Toulon, et que son nom circule, notamment associé à un intérêt de Marcelo Bielsa pour remplacer Mathieu Valbuena.
Mais malheureusement, ses blessures ne le lâchent pas et il ne peut pas profiter du tournoi de Toulon pour étaler son talent.

Jimmy Cabot, buteur à Angers (le 29/11/14) continue sa progression malgré son peu de temps de jeu.

Jimmy Cabot, buteur à Angers (le 29/11/14) continue sa progression malgré son peu de temps de jeu.

La saison suivante commence mieux pour L’ESTAC, qui est déjà premier après trois matchs, et pour Jimmy Cabot, qui entre en jeu lors des trois premières matchs. Alors certes, Furlan rechigne toujours à lui faire confiance plus d’un quart d’heure par match, mais au moins, Cabot semble à l’aise physiquement. Cependant, cela n’est qu’une impression, puisque juste après ces trois matchs, Cabot disparaît des radars pendant plus de deux mois. Il témoigne début décembre : « L’année dernière, même si l’équipe est en pleine bourre, je n’ai pas enchaîné un mois sans blessure« . Et à chaque fois, avant son retour en équipe première, il se voit imposer un ou deux week-end avec les hommes de Thierry Bocquet en CFA, pratique compréhensible, mais appliquée avec une rigueur qui montre que Furlan ne le considère pas comme un élément important du groupe. D’autant plus que Jimmy Cabot démontre à chaque fois son talent et sa bonne volonté, survolant ce championnat amateur mais sans jamais rechigner à la tâche, se donnant toujours à fond. La récompense du côté de l’équipe première ne vient pas puisque, pendant que Troyes fait sa démonstration de force en Ligue 2, lui se contente d’une seule titularisation et un but sur toute la saison, contre 10 titularisations pour 4 buts en CFA.

Jimmy Cabot remporte le titre de Champion de Ligue 2 aux côtés de la jeunesse troyenne posant fièrement avec le trophée.

Jimmy Cabot remporte le titre de Champion de Ligue 2 aux côtés de la jeunesse troyenne posant fièrement avec le trophée.

► SA SAISON 2015-2016

Jimmy Cabot aborde donc la nouvelle saison sans plus de garanties, dans un groupe qui espère renouer avec succès avec la Ligue 1. Sur le plan personnel, le début de saison est identique à celui de la saison précédente : quelques dizaines de minutes accumulées sur les premières journées, puis un mois d’absence sur blessure. Alors que le groupe commence à s’inquiéter et à tomber dans une spirale négative, à force de toujours attendre cette première victoire qui ne vient pas, Cabot prend de l’importance et, le 7 novembre, en l’absence de Corentin Jean, il est titularisé en attaque, pour la première fois en Ligue 1, à… Lorient. Ainsi, presque 3 ans après ses débuts en Ligue 1 au Moustoir, c’est sur la même pelouse que Cabot débute son premier match de Ligue 1, dont il sera jugé le meilleur troyen. Il enchaîne tous les matchs suivant, jusqu’au licenciement de Jean-Marc Furlan. Paradoxalement, c’est le départ de l’entraîneur qu’il a toujours connu qui va lui offrir sur un plateau ce qui pourrait être un des tournants de sa carrière. Dès le premier match dirigé par le quatuor Padovani-Tingry-Bradja-Pascal, l’ailier de poche est titularisé et réussi enfin son premier grand match en professionnel, affolant la défense champenoise pendant tout le match. « Un bon match, c’est bien, mais je dois confirmer sur la durée » déclare-t-il après le match. Et dès la semaine suivante, il récidive et marque son premier but en Ligue 1 face à Bastia, même s’il « croque » en fin de match une occasion qui aurait pu offrir sa première victoire à l’ESTAC. Son nouvel entraîneur Claude Robin se déclare « content pour Jimmy, je n’ai pas peur de le dire. On lui demande de confirmer, il l’a fait il va le refaire ». Et il le refait dès le week-end suivant contre Monaco, même si les Troyens ne sont pas allé chercher la victoire dont ils ont parlé toute la semaine, mais ont pris un point plus que mérité, à 10 conte 11 pendant plus de 85 minutes.

Contre l'AS Monaco le 19 décembre 2015.

Contre l’AS Monaco le 19 décembre 2015.

La réussite de Jimmy Cabot est donc strictement paradoxale, puisqu’elle survient au moment où le club est au plus mal, mais aussi où l’entraîneur que le Chambérien a toujours connu est parti. Deux explications cohabitent. La première est la récompense du travail fait pendant ces trois dernières années, alors que les blessures ne le lâchaient pas, pour montrer que quand son corps ne se met pas en travers de sa route, il est capable de montrer tout son talent. La deuxième est que le nouvel entraîneur, Claude Robin, qui n’est autre que le responsable du centre de formation qui a fait grandir Cabot et l’ancien entraîneur de l’équipe réserve avec qui il répétait ses gammes, sait comment se servir de son talent, lui donnant de la confiance et les clés de son couloir dès le début du match, contrairement à Furlan qui n’aura jamais obtenu satisfaction en lui donnant son rôle de joker. Interrogé sur le plateau de « Club ESTAC », le joueur de 21 ans n’infirme ni ne confirme, mais approuve le fait que le départ de Furlan provoque un déclic. « Le coach était parti, c’était une semaine compliquée, on a eu le discours de Michel Padovani, qui insistait sur des valeurs de solidarité, de fierté, parce qu’on était sur des mauvaises séries. Fallait retrouver un peu de solidarité, d’envie, et former un groupe qui avait envie, et moi je faisais partie de ces joueurs qui en demandaient plus, qui avaient envie de prouver des choses. Ça a apporté un peu de fraîcheur je pense » déclare-t-il, avant d’avouer que, « Bien sûr », sa proximité avec Robin est un atout. « Il m’accorde sa confiance, pour l’instant je le lui rends. C’est important, j’espère que ça va continuer, parce qu’il a beau bien m’aimer, si je fais des mauvaises performances, ça retombera. J’ai surtout à coeur de continuer sur ce rythme là, personnellement« .

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Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il ne faut pas s’emballer et que 3 bons matchs ne signifient pas qu’il a passé un cap, il est clair que Cabot a montré qu’il pouvait se servir de son immense talent si son corps et son entraîneur l’aidaient dans cette tâche. Comme le dit Sébastien Dallet, ancien joueur de l’ESTAC, « tout le travail qu’il a fourni depuis maintenant des années qu’il est à la porte des pros et qu’il rentre des bouts de matchs par-ci par-là, ça va être récompensé grâce au travail qu’il a fourni et qu’il fournit encore ». Si son corps le préserve enfin, rien n’empêchera Cabot de briller dans le noir de l’ESTAC jusqu’en juin avant, sûrement un nouveau départ.

Rédigé par Jonito – Rédacteur Stadito

Jonathan Tunik

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